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AFP/DIHOFF MUKOTO

Non, le Kenya n'a pas le taux de chômage des jeunes le plus élevé d'Afrique de l'est

Alors que le pays évalue les conséquences sur l'emploi des restrictions dues à la Covid19, un média panafricain a soutenu que le kenya a le taux de chômage des jeunes le plus élevé d'Afrique de l'est.

  • Africanews a affirmé que le Kenya avait le taux de chômage des jeunes le plus élevé d'Afrique de l'Est, en s'appuyant sur des données de recensement qui situent le taux de chômage des jeunes du pays à 38,9 %.

  • Ce taux de 38,9 % est basé sur un calcul erroné.

  • Le taux de chômage des jeunes au Kenya n'est pas le plus élevé d'Afrique de l'Est, selon la base de données de la Banque mondiale.

  • En fonction de la source de données utilisées, le pays présentant le taux le plus élevé est soit le Rwanda, soit le Sud-Soudan.

Début novembre 2021, le système judiciaire kényan a déclaré que son site web s'est planté lorsque plus de 60 000 personnes ont postulé pour seulement 560 emplois.

Le chômage, aggravé par l'effet des restrictions dues à la Covid19, est une préoccupation dans le pays. Le gouvernement du président Uhuru Kenyatta tente de s'attaquer au problème avec, par exemple, des projets d'un milliard de shillings destinés aux jeunes.

En septembre, le diffuseur multilingue par satellite et numérique Africanews a déclaré que le Kenya envisageait une « réouverture complète en décembre ». L'administration de Kenyatta a déjà assoupli certaines restrictions.

Africanews a ainsi tenté de déterminer dans quelle mesure les jeunes Kenyans ont été affectés par les impacts économiques de la Covid. « Les données de la Banque mondiale indiquent que le Kenya a le taux de chômage des jeunes le plus élevé d'Afrique de l'Est, une affirmation confirmée par les données du recensement de 2019 au Kenya qui situent le taux de chômage des jeunes à 38,9 % », a déclaré le média.

Le recensement de 2019 avait-il estimé le taux de chômage des jeunes à 38,9 %

Africanews a déclaré à Africa Check que les statistiques provenaient de la Banque mondiale et d'un article publié dans le média kenyan Business Daily le 24 février 2020.

Le texte, qui constituait le sujet à la Une du Business Daily ce jour-là, était intitulé : « Recensement : 39 % des jeunes au Kenya sont sans emploi ». Il indique que ce chiffre est basé sur les nouvelles données du recensement de 2019, le plus récent du pays. La publication considère comme jeunes les personnes âgées de 18 à 34 ans, conformément à la loi nationale.

En mars 2020, Africa Check vérifié cette statistique et avait trouvé qu'elle était incorrecte. Des responsables du Bureau national des statistiques du Kenya nous ont fait savoir que le chômage des jeunes n'a pas fait l'objet d'une nouvelle évaluation depuis lors.

Sur la base des données du recensement de 2019, « le chiffre de 38,9 % n'est pas correct », a déclaré à Africa Check Vivianne Moraa, responsable du bureau des statistiques.

Les données officielles les plus récentes sur le chômage des jeunes sont dans le rapport de base sur la population active 2015/16 du bureau, publié en mars 2018. Celui-ci donnait un taux de 11,4 %.

L'enquête trimestrielle sur la main d’œuvre la plus récente, ne comporte pas de taux de chômage pour le groupe d'âge des 18 à 34 ans. Mais elle note que « les groupes d'âge de 20 à 24 ans et de 25 à 29 ans ont continué d'enregistrer la plus forte proportion de chômeurs, avec respectivement 16,3 % et 9,1 % ». Le chômage était de 6,1 % chez les personnes âgées de 30 à 34 ans, et de 6,8 % chez celles âgées de 15 à 19 ans.

Nous attendons les chiffres annuels du chômage des jeunes de l'agence des statistiques.

Lors du recensement de 2019, l'agence de statistiques avait estimé la population du Kenya à 47,6 millions d'habitants cette année-là. Il y avait 13,77 millions de personnes âgées de 18 à 34 ans, dont 8,4 millions avaient un emploi et 1,65 million étaient au chômage.

Pour son article sur 2020, Business Daily a calculé que les 8,4 millions de personnes employées représentaient 61,1 % de cette tranche d'âge, ce qui signifie que le reste - 38,9 % - était au chômage. Mais cette approche était inexacte, selon les statisticiens.

Employés, chômeurs et inactifs

La population active devrait être le point central de l'estimation du taux de chômage, a déclaré à Africa Check Robert Nderitu, directeur des statistiques sur la production au bureau des statistiques.

La population active comprend à la fois les personnes employées et les chômeurs, mais exclut les personnes économiquement inactives, a-t-il déclaré à Africa Check.

« Un nombre important de la population [concernée] ne faisait pas partie de la population active », a déclaré M. Nderitu, ajoutant que c'était l'erreur commise dans l'affirmation.

Les personnes en dehors de la population active ne travaillent pas pour des raisons autres qu'une recherche d'emploi infructueuse et auraient dû être exclues du calcul, a-t-il dit. Il s'agit notamment des enfants, des personnes handicapées et de celles qui ont renoncé à chercher un emploi.

Mme Moraa a déclaré à Africa Check que le bureau comptait les chômeurs conformément aux directives de l'Organisation internationale du travail (OIT).

Les chômeurs, a-t-elle précisé, sont définis comme « les personnes qui n'ont pas d'emploi, qui ont activement cherché du travail au cours des quatre dernières semaines et qui sont actuellement disponibles pour travailler ».

En plus de cette définition « stricte » du chômage, les personnes qui ont cherché un emploi au cours de la courte période de référence mais qui ne sont pas « actuellement disponibles » sont également incluses dans la population active.

Des économistes ont précédemment déclaré à Africa Check que ces différences de définition peuvent rendre difficile l'explication du chômage au public. Et mesurer le chômage avec précision peut être un défi car « dans le contexte africain, les gens ne restent pas inactifs ».

Le nombre de chômeurs âgés de 18 à 34 ans recensé - 1,65 million - correspond à 12 %, ce qui est plus proche de l'estimation de l'enquête trimestrielle sur la main-d'œuvre et du chiffre de 12,85 % pour 2019 que nous a fourni la Banque mondiale.  

L'affirmation selon laquelle le chômage des jeunes au Kenya est de 38,9 %, répétée par Africanews, reste incorrecte.

Le Kenya a-t-il le taux de chômage des jeunes le plus élevés d'Afrique de l'Est ?

Nous avons demandé à la Banque mondiale ses estimations les plus récentes du « chômage des jeunes » dans les six États membres qui composent la Communauté de l'Afrique de l'Est. Il s'agit du Burundi, du Kenya, du Rwanda, du Sud-Soudan, de la Tanzanie et de l'Ouganda.

La porte-parole de la Banque, Vera Rosauer, n'était pas certaine de la définition du « chômage des jeunes ». Mais l'article d'Africanews faisait également référence au chômage des jeunes dans son article.

Dans ses données, la banque cite la définition des chômeurs de l'OIT, à savoir « les personnes qui ne travaillent pas actuellement mais qui sont désireuses et capables de travailler contre rémunération, qui sont actuellement disponibles pour travailler et qui ont activement recherché un emploi ».

L'OIT définit le taux de chômage comme « le nombre de chômeurs dans un groupe d'âge divisé par la population active de ce groupe ». La population active est composée de personnes en âge de travailler et comprend à la fois les personnes employées et les chômeurs.

Définition du terme « jeune » et autres problèmes avec les comparaison

L'OIT prévient que les pays « varient quelque peu dans leurs définitions opérationnelles » de la jeunesse. Elle définit la jeunesse comme les personnes âgées de 15 à 24 ans. Au Kenya, la constitution définit les jeunes comme « ceux qui ont atteint l'âge de 18 ans, mais n'ont pas encore atteint l'âge de 35 ans ».

Ces différences « ont des répercussions sur la comparabilité », indique l'OIT. Le facteur temps joue également un rôle. « Les comparaisons entre pays ne sont pas faciles étant donné les différents moments où les enquêtes nationales sont menées », a déclaré à Africa Check Rosauer de la Banque mondiale. « Pour cette raison, nous déconseillerions les comparaisons entre pays ».

Elle a ajouté que si une comparaison devait être effectuée, il serait préférable d'utiliser les indicateurs du développement mondial (IDM), la base de données de la banque. Celle-ci comporte deux séries de données, l'une modélisée à partir des estimations de l'OIT et l'autre tirée des estimations nationales.

« Compte tenu des difficultés découlant des différentes enquêtes menées à des moments différents, le BIT s'appuie sur des modèles pour projeter les statistiques du travail à partir des données des enquêtes nationales. Ceci est également rapporté dans les IDM », a déclaré Rosauer.

Les estimations nationales indiquent que le Rwanda avait le taux de chômage des jeunes le plus élevé. Les estimations de l'OIT, en revanche, placent le Sud-Soudan en tête. Aucune des estimations ne donne au Kenya le taux le plus élevé de la région.

Conclusion: les données fournies par Africanews sur le chômage des jeunes au Kenya sont incorrectes

Le média panafricain, Africanews, a affirmé début novembre 2021 que le Kenya a le taux de chômage des jeunes le plus élevé d'Afrique de l'Est. Il a ajouté que les données du recensement de 2019 au Kenya situent le taux de chômage des jeunes à 38,9 %.

Selon le bureau kenyan des statistiques, le taux de 38,9 % est incorrecte. Les données officielles les plus récentes sur le chômage des jeunes sont dans le rapport de base sur la population active 2015/2016, publié en mars 2018. Celui-ci donnait un taux de 11,4 %.

De même, les estimations nationales indiquent que le Rwanda avait le taux de chômage des jeunes le plus élevé. Les estimations de l'OIT, quant à elles, placent le Sud-Soudan en tête. Aucune des estimations ne donne au Kenya le taux le plus élevé de la région.

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