Retour en Africa Check
GEORGES GOBET / AFP

Sénégal : le taux d'électrification rurale est-il passé de 24 % en 2012 à 55 % en 2020 ?

Pape Mademba Bitèye, le directeur de la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) a déclaré qu'en 2012, le taux d'électrification rurale dans le pays était de 24 %. Le ministère en charge Énergies, qui centralise et agrège les données sur l'accès à l'électricité dans le pays, indique que ce taux était de 27 % la même année.

  • « En 2012, le taux d'électrification rurale était de 24 % et à fin 2020, nous en sommes à 55 % » (Pape Mademba Bitèye, le directeur de la Société nationale d'électricité du Sénégal)
  • Au Sénégal, c'est le ministère sénégalais du Pétrole et des Énergies qui centralise et agrège les données sur l'accès à l'électricité dans le pays.
  •  Selon ce ministère, le taux d’électrification rurale a bien été évalué à 55 % en 2020 mais il était de 27 % en 2012.
  • La Senelec a réagi en expliquant cette différence par le fait que ses chiffres ne prennent en compte que les clients qu'elle fournit en électricité, alors que le ministère intègre les clients des concessionnaires d'électrification rurale.

« Le taux d'électrification était de 24 % (et) à fin 2020 nous en sommes à 55 % donc ça veut dire plus de 4000 villages (électrifiés) ». Ce sont les propos attribués par le quotidien Direct News au directeur général de la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec), Pape Mademba Bitèye.

Le même article a également été publié sur le site web dudit quotidien. L'article a été rédigé à partir d'une transcription d'un entretien accordé par Pape Mademba Bitèye à la télévision nationale sénégalaise, la RTS1, dans le cadre de l’émission Le Point. 

Des propos mal rapportés par Direct News

Contactée par Africa Check pour connaître la source des données fournies par Pape Mademba Bitèye, la cellule de communication de la Senelec a précisé que celui-ci a plutôt déclaré qu'« en 2012, le taux d'électrification rurale était de 24 % et à fin 2020, nous en sommes à 55 % : ça veut dire plus de 4000 villages ».

Ce qui est corroboré par la vidéo de l’interview mise en ligne sur Facebook. 

Qu'entend-on par taux d'électrification rurale ?

« Le taux d’électrification rurale fait le rapport entre le nombre de ménages électrifiés et le nombre total de ménages », souligne le rapport d’activités 2020 du ministère sénégalais du Pétrole et des Energies.

La même définition est donnée par la Commission de régulation du secteur de l’électricité (CRSE) qui précise que ce taux, « pour une zone géographique donnée, représente le rapport du nombre de ménages électrifiés sur le nombre total de ménages vivant dans la zone considérée ».

À cela, la responsable de la communication de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), Khady Ndiaye, ajoute qu’il faut considérer qu’« il s'agit du nombre de ménages qui ont accès à l’électricité » en milieu rural.

« Ce taux d'électrification rurale est différent du taux de couverture dont la référence reste le nombre de villages ou territoire couvert », selon Mme Ndiaye.

Le taux d'électrification rurale est-il passé de 24 % en 2012 à 55 % à fin 2020 ?

La Senelec a indiqué à Africa Check dans un courrier électronique que le taux d’électrification rurale était de 55 % en 2020. Une donnée conforme à celle fournie par le ministère du Pétrole et des Énergies. Le ministère nous a aussi donné une copie physique de son rapport d’activités annuel 2020. Lequel document confirme que le Sénégal a enregistré un taux d’électrification rurale de 55 % en 2020.

En ce qui concerne le taux d'électrification rurale en 2012, la Senelec a réitéré le taux avancé par son directeur général sur le plateau de la RTS1, à savoir 24 %. Toutefois, ce taux diffère de celui que nous a fourni l’ASER qui indique que le taux d’électrification rurale était de 27 % en 2012.

Le taux de 27 % est également ce qui ressort des données de la Commission de régulation du secteur de l’électricité dans son tableau sur l'évolution du taux d'électrification rurale de 2009 à 2013.

Pourquoi cette différence entre les chiffres ?

A propos de la différence des chiffres sur le taux d'électrification rurale, la Senelec explique que cela « résulte du fait que (ses) chiffres ne considèrent que les clients électrifiés par elle. Tandis que le ministère, avec l'ASER, intègre les clients des concessionnaires d'électrification rurale pour avoir le taux à l'échelle nationale ».

Le ministère du Pétrole et des Énergies insiste sur le fait que le chiffre officiel pour 2012 est bien 27 % et nous a fait parvenir ce document contenant des « données officielles ». 

« Nous avons dernièrement demandé à ce que toutes les données officielles concernant les statistiques de l’électrification soient données par la cellule suivi-évaluation du ministère comme document officiel », explique le ministère.

« Il y a quelques années, ajoute le ministère, ces données n’étaient pas agrégées, car il y avait plusieurs acteurs dans le monde rural (Senelec, ASER, PUDC, Puma, des acteurs privés, etc.) qui produisaient des données ».

Désormais, le ministère du Pétrole et des Énergies centralise et agrège les données sur l'électrification : « Nous avons dû collecter toutes ces données-là pour avoir une idée exacte du taux d’électrification rurale en temps réel. Avant, l’harmonisation des données était difficile, mais ce problème est réglé ».

Pourquoi les chiffres du ministère sont différents de ceux de la Banque mondiale et de l'AIE ?

Nous  avons comparé les données fournies par le ministère du Pétrole et des Énergies à celles de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE). Les taux d’électrification présentés par l'AIE sont différents de ceux fournis par le ministère sénégalais du Pétrole et des Énergies. Par exemple pour l’année 2019 (dernières données en date), l’AIE estime le taux d’électrification rurale à 50 % (49,8 % plus exactement) là où le ministère parle de 53,9 %.

De même, la base de données de la Banque mondiale indique un taux d’électrification rurale de 47,8 % au Sénégal en 2019. Ces chiffres sont issus de la base de données Sustainable Energy for All de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et du Programme d’assistance à la gestion du secteur de l’Énergie

Contactée par Africa Check, l’AIE explique la différence de leurs données avec celles du ministère sénégalais du Pétrole et des Énergies par le fait qu’elle utilise des méthodes différentes pour suivre l’accès à l’électricité.

Conclusion : le taux d'électrification rurale au Sénégal est passé de 27 % en 2012 à 55 % en 2020

Pape Mademba Bitèye, le directeur de la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec), a déclaré qu'en 2012, le taux d'électrification rurale dans le pays était de 24 % et, fin 2020, il était de 55 %.

D'après les recherches effectuées auprès de principaux acteurs qui interviennent dans le secteur de l'énergie électrique au Sénégal, c'est le ministère sénégalais du Pétrole et des Énergies qui centralise et agrège les données sur l'accès à l'électricité dans le pays. Selon ce ministère, le taux d’électrification rurale a bien été évalué à 55 % en 2020 mais il était de 27 % en 2012.

La Senelec a réagi en expliquant cette différence par le fait que ses chiffres ne prennent en compte que les clients qu'elle fournit en électricité, alors que le ministère intègre les clients des concessionnaires d'électrification rurale.

Further Reading

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
limit: 600 characters

Voulez-vous continuer à lire nos vérifications des faits ?

Voulez-vous continuer à lire nos vérifications des faits ?

Nous ne vous ferons jamais payer pour des informations vérifiées et fiables. Aidez-nous à poursuivre cette voie en soutenant notre travail

S’abonner à la newsletter

Soutenir la vérification indépendante des faits en Afrique