Retour sur Africa Check

Dix ans d'Africa Check : la vérification des faits - une courbe d'apprentissage

Lorsque j'ai proposé l'idée d'Africa Check pour la première fois, on m'a dit que ce serait une idée folle que de mettre en place un projet de vérification des faits sur le continent. Nous l'avons quand même fait.

En 2012, quelques semaines seulement après avoir lancé Africa Check, nous avons été interpellé par un lecteur sur une question aussi inattendue qu'importante. « Combien de pays y a-t-il en Afrique ? ». Notre lecteur avait vu divers chiffres donnés par différents organismes et voulait une réponse définitive. 

« A quel point la question peut-elle être difficile ? » avons-nous pensé, Ruth Becker, notre première rédactrice en chef, et moi-même. Mais comme l'explique notre article, la réponse est plus compliquée que nous ne l'imaginions. 

Commençons par la définition d'un pays et par qui  donne cette définition. Suffit-il qu'une entité se déclare comme un pays, contrôle ses frontières, possède son propre drapeau et sa propre monnaie pour être considérée comme un pays ?  La Somalie est un pays, mais le Somaliland et le Sahara occidental le sont-ils aussi ? Un pays doit-il impérativement être reconnu internationalement ? Si oui, par qui ?  

Nous l'avons vite compris, l'incertitude n'est pas un problème propre à l'Afrique. Le nombre de pays en Europe et en Asie fait également l'objet d'un débat. Le Kosovo a tous les attributs d'un pays et de nombreuses puissances occidentales affirment qu'il en est un. Mais des pays comme le Brésil, la Chine, la Russie et l'Afrique du Sud disent le contraire. Qu'en est-il de Taïwan ? Certains disent oui. La plupart disent non.

Vous pouvez consulter ici notre réponse publiée en 2012. Dix ans après sa première publication, il s'agit toujours du deuxième fact-check le plus lu sur la version en anglais du site d'Africa Check (L’article a été publié originellement en anglais).

Lorsque j'ai proposé pour la première fois le concept d'Africa Check, plusieurs de mes collègues étaient sceptiques. Mettre en place un projet de vérification des faits sur le continent serait une folie, m'a-t-on dit. Les données fiables sont difficiles à trouver. Les réponses à des questions apparemment simples - sur le nombre de pays par exemple - sont plus difficiles à trouver qu'on ne l'imagine. « Il n'y a pas de ‘faits’ en Afrique », a même réagi un soi-disant expert. 

Dès le départ, ma stratégie a consisté à recruter des personnes intelligentes pour lui prouver, ainsi qu'aux autres personnes qui pensent comme lui, qu'ils avaient tort, d'abord en Afrique du Sud, puis au Sénégal, au Nigeria et au Kenya. 

Un problème que les autres ne pensaient pas être réel

Pour nous tous, il s'agissait d'une courbe d'apprentissage. (Ce n'est pas pour rien que nous avons basé notre équipe dans une université. L'expertise de notre équipe était et reste assez effrayante). Lorsqu'il était difficile de trouver des informations fiables, nous devions trouver la meilleure façon de vérifier les affirmations, en scrutant les preuves pour trouver les meilleures réponses possibles. 

C'était bien avant que les termes "fake news" et "fact-checking" ne soient bien connus. Le processus était encore incertain. Lorsque notre première équipe à plein temps - Julian Rademeyer, Kate Wilkinson et Sintha Chiumia - appelait des politiciens et des fonctionnaires, elle devait d'abord leur expliquer ce qu'était la vérification des faits. Nos articles étaient longs et détaillés. Nous devions établir notre crédibilité. 

Mon rôle consistait à développer des arguments en faveur du financement d'une organisation qui cherchait à contrer un problème - la désinformation et l'information erronée - que la plupart des gens ne considéraient pas comme réel. J'ai rapidement obtenu le soutien de certaines personnalités, dont l'ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et l'émérite archevêque anglican sud-africain, Desmond Tutu.  

Avec le temps, c'est devenu plus facile. Quelles que soient les conséquences du vote britannique sur le Brexit et de l'élection de Donald Trump, ils ont sensibilisé le monde au problème des "fake news".

Chaque jour, nous avons dû apprendre - non seulement les techniques de géolocalisation et les moyens d'identifier les images manipulées - mais aussi à demander des corrections à ceux qui diffusent des informations erronées, à mener des actions de sensibilisation et à dispenser des formations. 

De deux à 31 projets de fact-checking à travers l'Afrique

Nous devions trouver un moyen de rendre le projet financièrement viable sur le long terme. En 2015, nous avons créé TRi Facts, notre unité de formation et de recherche, sous la direction de ma collègue de l'époque Nechama Brodie, afin d'engranger des fonds qui viendraient s'ajouter à ceux reçus de nos donateurs. Aujourd'hui, le programme d'éducation aux médias d'Africa Check s'est étendu aux programmes scolaires.  

L'Afrique n'est pas un seul pays. Après l'Afrique du Sud, nous avons ouvert des bureaux à Dakar (Sénégal), Lagos (Nigeria) et Nairobi (Kenya). Notre stratégie consistait à développer une présence dans les régions d'Afrique australe, de l'Ouest et de l'Est. Nous utiliserions ensuite cette présence pour promouvoir et soutenir d'autres personnes désireuses de procéder à une vérification indépendante des faits dans leur propre pays. 

En 2017, lorsque nous avons organisé la première réunion des fact-checkers africains, seules deux organisations opéraient sur le continent. Aujourd'hui, le réseau Africa Facts soutient 31 organisations dans plus d'une douzaine de pays. 

Une fois Africa Check mise en place, bien financée et dotée d'un tout nouveau conseil d'administration de huit membres issus de tout le continent, c'était le bon moment pour moi de partir. J'ai rejoint une équipe de l'université de Westminster, à Londres, afin d'approfondir mes recherches dans ce domaine. 

J'ai réalisé que la vérification des faits était possible, en Afrique comme ailleurs. Mais comme cette question apparemment simple posée par un lecteur en 2012, c'est plus complexe qu'il n'y paraît. Pour bien faire les choses, il faut apprendre tout au long de la vie. 

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