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FICHE D’INFO – Ce qu'il faut savoir sur le  plan ORSEC …

Le Sénégal a enregistré de fortes précipitations, les samedi 5 et dimanche 6 septembre 2020, causant inondations et destructions des infrastructures et habitations dans plusieurs localités du pays. C’est ainsi que le Président de la République Macky Sall a déclaré, sur son compte twitter et sa page Facebook, avoir demandé au ministre de l’Intérieur de dérouler le plan ORSEC (Organisation des secours) .



C'est quoi le plan ORSEC ?


« Le plan national d'Organisation des secours (ORSEC) a été adopté en 1993 par le décret n° 93-1288 du 17 novembre 1993. L'adoption du Plan ORSEC est survenue après l’explosion d'une citerne d’ammoniac de la SONACOS le 24 mars 1992 qui avait entrainé plusieurs morts », renseigne Abdoulaye Noba, directeur de la Protection Civile. Il précise que « le texte avait été révisé en 1999 en vue de l’adopter aux risques de catastrophe ».

Aujourd’hui régi par le décret  n° 99-172 du 04 mars 1999 abrogeant et remplaçant le décret n° 93-1288 du 17 novembre 1993, « le plan ORSEC est le principal mécanisme de coordination et de gestion des catastrophes et urgences au Sénégal », assure le ministère de l’Intérieur sur son site.

C’est un mécanisme de coordination des opérations de secours mis en place, aux niveaux départemental, régional et national, en vue de la gestion des catastrophes susceptibles de survenir dans le pays.

Dans le décret d’adoption, il est indiqué que ce plan « est destiné à faciliter la mobilisation et l’engagement rapide des moyens exceptionnels lorsque les moyens ordinaires des services publics de secours risquent de se trouver débordés, par le nombre de victimes ou l’ampleur d’un événement accidentel ou catastrophique ».

A cet effet, il permet la mobilisation d’importants moyens en personnels et matériels pour faire face à une situation de catastrophes et pour compléter les moyens insuffisants de la collectivité concernée par la situation de sinistre.

Dans quel cas est-il déclenché ?


Selon Bara Ndiaye Thioub - ancien directeur adjoint de la Protection Civile, expert en sécurité, incendie et gestion des catastrophes – « ce plan est déclenché à chaque fois que les moyens de secours ordinaires sont débordés jusqu’à une certaine ampleur pour permettre de faire face aux conséquences de tout type d'événement exceptionnel, qu'il s'agisse, entre autres, d'une catastrophe naturelle, maritime, etc.»

« Son déclenchement permet la mobilisation et l’engagement de tous les moyens publics et privés disponibles pour faire face à une situation de crise », précise le site du ministère de l’Intérieur.   « Avec le plan Orsec, l'autorité compétente dispose du droit de réquisitionner tout ce qui lui permet de mener à bien les opérations de secours », explique M. Thioub.

Ainsi, selon Abdoulaye Noba, directeur de la Protection Civile, « depuis son adoption, le Plan national ORSEC a été déclenché et mis en œuvre sept (7) fois : le 27 septembre  2002 suite au naufrage du bateau le JOOLA ; le 22 août  2005 (inondations) ; le 27 août 2009 (inondations); le 26 août 2012 (inondations) ; le 02 septembre 2013 (inondations dans le département de Mbour) ; le 17 septembre 2019 (inondations dans la région de Dakar) ; le 05 septembre 2020 (inondations).

Qui décide de sa mise en place ?


« Le Plan national ORSEC est déclenché par le ministre de l’Intérieur sur arrêté motivé par les circonstances et avis des autorités compétentes. A cet effet, une procédure de pré-alerte est prévue par le dispositif légal », indique le directeur de la Protection Civile.

« Au niveau décentralisé, le Gouverneur adopte par arrêté et dirige le Plan régional ORSEC. Au niveau du département, il est placé sous l’autorité du préfet ». Les commissions régionales et auxiliaires de la protection civile assistent respectivement le gouverneur et le péfet dans l’organisation des secours et la gestion de la catastrophe.

Quels sont les services qui sont concernés ?


Quand le plan ORSEC est déclenché, tous les services de secours concernés peuvent être mobilisés. Il peut s'agir des sapeurs-pompiers, des forces de l'ordre, ou de tout acteur susceptible d'être impliqué.

« Dans sa teneur, c’est une organisation transversale et horizontale. Il concerne tout le monde, tous les ministères, les collectivités locales », souligne l’ancien directeur adjoint de la Protection Civile, Bara Ndiaye Thioub, expert en sécurité, incendie et gestion des catastrophes.

« Quand on parle de plan ORSEC, les gens pensent principalement aux sapeurs-pompiers. Mais, il n’y a pas qu’eux. Certes, ils sont les bras armés du ministère de l'Intérieur et se chargent des secours. Mais, il y a aussi la police et la gendarmerie qui se chargent de la sécurité. Dans le cas de figure des inondations, ils auront probablement besoin, entre autres, de la Senelec par exemple pour isoler l’électricité dans ces zones, des services hydrauliques, des services de la santé, la Croix Rouge, d’une partie de l’armée pour la logistique car il faut transférer les gens, les loger et les ravitailler en eau, etc. Il y a une cellule qui répertorie de tout ce dont on a besoin pour mener à bien ce plan », explique-t-il.

Selon Bara Ndiaye Thioub, c’est le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic) qui devrait s’en charger.  Mais, il regrette  qu’il ne soit toujours pas opérationnel. « Il n’est même pas encore inauguré, alors que dans les normes, c’est un centre comme cela qui devrait venir en appui, collecter toutes les données et donner aux autorités les informations nécessaires pour un meilleur fonctionnement du plan », souligne-t-il.

La Direction de la protection civile (DPC), coordonnatrice


Du point de vue fonctionnel, le Plan national ORSEC comprend un Etat-major de Commandement placé sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, des groupes opérationnels (Secours/Sauvetage, Police/Circulation, Renseignements, Soins Médicaux/Entraide et Transports/Travaux) et des Cellules d’appui (Liaisons - Transmissions  - Informations - Relations Publiques).

Les collectivités territoriales concernées peuvent également être associées à l'état-major (Art 4).

L’état-major de Commandement est chargé de la planification, de la coordination et du suivi de l’exécution des mesures destinées à la maîtrise de la situation. Il favorise l’engagement coordonné des moyens civils et militaires, nationaux et internationaux, mis à la disposition du gouvernement.

Le Groupement national des Sapeurs-pompiers (GNSP) devenu Brigade national des Sapeurs-pompiers (BNSP) est responsable, entre autres, de la conception et de la direction des opérations de secours, la coordination des interventions des quatre groupes opérationnels et de la transmission de la pré-alerte émanant du Ministre de l’Intérieur en vue du déclenchement du Plan et de la proposition de levée du Plan ORSEC.

La Direction de la protection civile (DPC) coordonne le Comité de gestion des moyens du Plan ORSEC national qui est responsable du soutien logistique de l’état-major, des groupes opérationnels et des cellules d’appui.

Mettre l'accent sur la prévention


Pour plus d’efficacité, l’ancien directeur adjoint de la Protection Civile, Bara Ndiaye Thioub, estime que « le plan ORSEC doit être revu, adapté, et surtout spécifié à chaque risque ». « Il doit y avoir un plan ORSEC inondations, ORSEC hébergement lorsque les gens sont rapatriés, ORSEC ferroviaire s’il y a un accident ferroviaire... Ainsi donc, la réponse que l’on réserve  à un évènement ne doit pas être la même », préconise-t-il.

Il explique que « dès qu’on parle de plan ORSEC, dans les normes, on doit savoir comment faire face ». « Pour ce qui est des inondations, on savait bien que cela allait venir. Donc, on aurait dû mettre en place des plans, des prévisions, faire des simulations. De ce fait, on aurait mobilisé tous les moyens d’alertes pour impliquer la population, les maires, les associations, ainsi que les forces de l’ordre et de défense, la Senelec, les journalistes… tout le monde, pour se préparer à faire face », estime-t-il.

Selon Abdou Sané, géographe-environnementaliste, président de l'Association Africaine pour la Promotion de la Réduction des Risques de Catastrophes, « pour la durabilité, il est nécessaire d’envisager des solutions de prévention contre les risques de catastrophe ». « Le plan ORSEC est une réponse  humanitaire conjoncturelle à une crise. Il est très coûteux en ce sens que dans l’urgence les marchés sont exempts d’appels d’offre et que c’est le gré à gré qui fonctionne dans un contexte marqué par la mal gouvernance (corruption, absence de transparence…). Or, la réponse à la crise coûte plus chère que l’investissement dans la prévention ».