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KEVYA MPELE

FICHE D'INFO : que révèlent les statistiques de l’EHCVM 2018/2019 sur la pauvreté au Sénégal ?

Cette fiche d'info évoque les statistiques sur la pauvreté issues du rapport final de l'Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages publiée en septembre 2021 par l'ANSD. L'article pointe aussi quelques imprécisions nécessaires à relever, comme celle sur l'évolution de la pauvreté entre 2011 à 2019.

Mesure de la pauvreté

Dans son rapport, la statistique sénégalaise explique que la pauvreté est un phénomène multidimensionnel qui peut être examiné sous l’angle du revenu, des libertés individuelles, d’accès aux services sociaux de base, etc. « Mais de toutes ces dimensions, la plus courante est celle monétaire », précise l’Agence.

Ainsi, la pauvreté monétaire désigne « la situation d'un individu ne disposant pas de ressources nécessaires pour satisfaire ses besoins de base ou pour mener une vie décente ». Cette définition, souligne l’ANSD, « prend en compte la dimension matérielle, liée aux conditions de vie, notamment l'accès à la nourriture, à l'eau potable, à l'habillement, au logement, au transport et à l'énergie. Elle recouvre également l'aspect immatériel, relatif à l'accès à l'éducation, à une couverture sanitaire de qualité et à une activité valorisante ».

Et pour mesurer la pauvreté, l’ANSD s’appuie sur le seuil de pauvreté, « conçu de manière à permettre d’identifier les personnes qui satisfont leurs besoins minimums vitaux ». L’Agence explique que « l’approche utilisée pour construire le seuil de pauvreté est celle du coût des besoins de base » et que sa construction passe par deux étapes : la détermination du seuil de pauvreté alimentaire puis celui du non alimentaire. « Le seuil de pauvreté global est la somme des deux », est-il souligné.

En somme, on note que le seuil de pauvreté désigne la consommation ou le revenu minimum en deçà duquel un individu est considéré comme pauvre, c'est-à-dire ne disposant pas d'un niveau de vie convenable. Il varie selon le niveau de développement du pays. 

En 2018/2019, le seuil de pauvreté annuel est établi à 333 440 francs CFA; tandis que le seuil d’extrême pauvreté annuel est fixé à 186 869 francs CFA.

Autres définitions utiles

 

Incidence de la pauvreté

L’incidence de la pauvreté correspond à la proportion de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté, c’est-à-dire celle dont la consommation ou le revenu se situe en dessous de la ligne de pauvreté.

La profondeur ou le gap de la pauvreté 

La profondeur ou l’intensité de la pauvreté est un indicateur qui permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté.  

La sévérité de la pauvreté

C’est une mesure de la gravité de la pauvreté qui permet de mettre davantage l’accent sur les plus pauvres parmi les pauvres. Cet indice augmente parallèlement avec l’écart entre le seuil de pauvreté et les dépenses de consommation des pauvres.

Extrême pauvreté

La pauvreté extrême est une situation où le revenu (ou consommation) total du ménage n’arrive pas à satisfaire ces besoins nutritionnels de base. Ainsi un individu est dans l’extrême pauvreté lorsque sa dépense de consommation totale est inférieure au seuil alimentaire de pauvreté.

Entre 2011 et 2019, la pauvreté a baissé de cinq points de pourcentage d'après l'ANSD

Le rapport révèle que « des disparités sont notées sur le niveau de pauvreté selon le milieu de résidence. L’analyse du taux de pauvreté montre que les ménages du milieu rural sont plus exposés au phénomène de pauvreté que ceux du milieu urbain ».

Selon l'ANSD, quand on compare les résultats de cette nouvelle enquête à ceux de l'Enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS-II 2011), il en ressort qu’à l’échelle nationale le taux de pauvreté a baissé de 5 points de pourcentage entre 2011 et 2018/2019.

« En termes d’effectif, le nombre de pauvres a augmenté de 200 048 individus entre 2011 et 2018/2019 au Sénégal, soit de 3,4 % en valeur relative contre une augmentation de 25,1 % de la population. À l’exception du milieu urbain de Dakar où le nombre de pauvres a baissé de 139 330, l’effectif des pauvres a augmenté dans les deux autres strates du pays, soit respectivement de 327 620 individus dans les autres zones urbaines et de 11 758 individus en milieu rural », est-il relevé.

En valeur absolue, le nombre de personnes pauvres a augmenté de 200 048 individus entre 2011 et 2018/2019, mais en même temps on a noté une augmentation de 25,1 % de la population qui est passée de 12 762 172 à 15 967 587 sur la même période.

Pour mieux évaluer la pauvreté

Mais pour bien apprécier l’évolution de la pauvreté, l'ANSD recommande d'observer les tendances notées pour sa profondeur et sa sévérité.

L'Agence note qu'entre 2011 et 2018/2019, la profondeur de la pauvreté est passée de 13,8 % à 10,3 %.

 

Quant à la sévérité de la pauvreté, elle est passée de 6,3 %1   à 3,9 %, soit une variation de -2,4 %.

À l’image du niveau de pauvreté monétaire globale, celui de l’extrême pauvreté s’est réduit de 5,4 points de pourcentage au niveau national entre 2011 et 2018/2019. 

 

Les indicateurs sur la pauvreté de 2011 et de 2018/19 ne sont pas comparables

Quand l'ANSD a publié le rapport final de sa dernière enquête sur les conditions de vie des ménages, une polémique s'est installée autour de l'augmentation du nombre de pauvres au Sénégal.

Le Ministère sénégalais de l’Economie, du Plan et de la Coopération sur les statistiques a publié une « mise au point » dans laquelle il signale qu' « en définitive, même si le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a légèrement augmenté de 200 048 entre 2011 et 2018, il faut reconnaître que cette hausse a été moins importante que celle de la population sénégalaise qui a progressé de 3 205 415 habitants sur la même période ». 

Selon l’ANSD, plusieurs facteurs rendent difficile la comparabilité des indicateurs sur la pauvreté issus de l’ESPS II de 2011 et l’EHCVM de 2018/2019.

Ils sont notamment liés à « la conception des questionnaires, aux périodes de collecte des données (saisonnalité) et à la méthode de mesure de la pauvreté (construction de l’indicateur de mesure du bien-être, constitution du panier et calcul du seuil de pauvreté) ».

« Les deux enquêtes ont des différences importantes dans la conception du questionnaire notamment sur les modules de consommation qui ont servi à mesurer la pauvreté. Du fait de ces différences, les indicateurs de pauvreté produits directement par les deux enquêtes ne sont pas comparables », conclut l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal.

  • 1Cf. Note de la rédaction

Note de la rédaction

On peut lire dans l'Enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS-II 2011) que la pauvreté monétaire est estimée à 46,7 % en 2011 au Sénégal (Résumé analytique, page 1). Or, dans  le rapport final de sa dernière enquête sur les conditions de vie des ménages (EHCVM 2018/2019), l’ANSD indique que le taux de pauvreté a baissé de 5 points de pourcentage entre 2011 et  2018/2019 pour se situer à 37,8 % , ce qui veut dire que le taux de pauvreté en 2011 était de 42,8 %. 

Le journal Le Quotidien a d’ailleurs consacré un article à ce sujet « qui incite à se demander à quel document de l’ANSD se fier ».

Nous avons également relevé une autre incohérence quant à sévérité de la pauvreté qui, en 2011, était estimée à 6,6 % dans l'ESPS-II 2011 alors que l'EHCVM 2018/2019 la situe à 6,3 % sur la même année.

Africa Check a tenté en vain de clarifier ces imprécisions auprès de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal. Nous allons actualiser et republier cet article si nous obtenons une réponse.

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