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GULSHAN KHAN / AFP

Guide pour examiner les déclarations sur la santé et les fausses thérapies

Voici un guide astucieux afin de vous aider à pouvoir séparer la réalité de la fiction en ce qui concerne votre santé. Portez-vous bien.

Les rubriques Santé et Lifestyle de plusieurs journaux et magazines publient régulièrement des affirmations douteuses à propos de la santé. Elles ne sont souvent ni justifiées, ni prouvées par aucune étude ou preuve scientifique.

Quelques-unes de ces affirmations, comme celle qui prétend que manger des œufs et des bananes en même temps peut mener à la mort sont relativement moins dangereuses, avec comme seul potentiel risque de souffrir d’une indigestion.

Mais d’autres peuvent avoir de sérieuses répercussions. Prenez par exemple les interminables traitements qui ont été fallacieusement présentés comme des traitements contre le VIH. Si des patients ont abandonné leur traitement antirétroviral dont l’efficience a été prouvée au profit de ces « cures », le résultat sera très certainement catastrophique. Ou encore ce conseil émanant d’un docteur qui recommande de consommer une concoction de poivre sucré, des œufs non cuits et du sel de mer en tant que recette miracle pour traiter le diabète en cinq minutes. Délaisser votre traitement au profit de cette recette risque de mal tourner. Etant donné que souvent les fausses affirmations sur la santé sont souvent relayées par des gens qui, à première vue, sont supposés être de crédibles professionnels, il n’est pas toujours évident pour le lecteur que les traitements qu’ils vantent soient sans preuves.

WhatsApp, un des principaux canaux de diffusion

Les fausses affirmations en relation avec la santé constituent une part importante des infox qui se propagent via les réseaux sociaux et autres plateformes de messagerie comme WhatsApp.

En Angleterre, les fausses informations à propos du lien entre le vaccin ROR et l’autisme continuent d’être alimentées de cette façon, même si elles ont été démontées depuis longtemps. Ce mythe particulier a été perpétué de façon tellement constante que la faible prise du vaccin ROR en Angleterre devient de plus en plus inquiétante, avec 87,5 % d’enfants de moins de cinq ans vaccinés, comparés aux 95 % fixés par l’OMS comme objectif. Cette situation a même conduit à des appels à la censure via les réseaux sociaux.

Même si les médias devaient s’acharner contre les canulars sur la santé et les produits de mauvaise qualité, il est improbable qu’ils parviennent à éradiquer le mal dans son entièreté. Par souci pour notre santé et pour celle de nos communautés, il est plus que jamais crucial pour nous d’apprendre comment vérifier l’information, que nous l’ayons lue dans un site web, un journal papier ou à travers un message groupé.

Nous nous devons de mettre sur pied ce guide afin d’assister les journalistes et le public afin qu’il puisse faire la part des choses entre le mensonge et le fait vérifié.

Ne prenez rien pour acquis

En évaluant la légitimité des affirmations sur la santé, il vous sera utile de donner libre cours à votre scepticisme. Ne prenez rien pour argent comptant. Au contraire, demandez-vous « qui a produit cette affirmation, sur quoi se basent-ils ? » et chercher à savoir si les arguments avancés peuvent être vérifiés indépendamment.

Notez également que, par exemple, les titres peuvent parfois induire en erreur. « Docteur » peut vouloir dire beaucoup de choses à la fois : un médecin, un doctorant, un docteur en sciences, un doctorant honoraire ou même un faux titre de « docteur » acheté en ligne à partir d’un ou plusieurs sites qui comportent des qualifications fallacieuses.

Afin d’éviter de tomber dans ce piège, effectuez une recherche rapide sur le parcours et les diplômes de la personne ou de l’organisation à l’origine de l’affirmation. Est-ce que leurs qualifications ont un rapport avec les arguments qu’ils développent ?

Vérifier et vérifier encore

Méfiez-vous si vous ne pouvez pas vérifier indépendamment les qualifications de quelqu’un. De la même façon, soyez prudent à l’égard des sociétés et organisations qui se targuent d’être légitimes mais qui n’ont qu’une empreinte très limitée sur le web.

Très souvent, les sociétés et organisations ont une section clairement marquée « à propos » et même souvent la liste de leurs membres. C’est la meilleure manière de commencer la recherche. Qui sont ces membres ? Travaillent-ils réellement pour la compagnie ? Quels sont leurs profils et qualifications et ces qualifications peuvent-elles être vérifiées indépendamment ?

Si vous avez du mal à trouver cette information, procédez avec beaucoup de tact. Il est évident qu’une personne qui cherche à commercialiser un produit suscite l’intérêt du public, au lieu de le fuir.

Des fois, le simple fait de voir qui d’autre parle d’un sujet peut aider à faire la lumière entre la fiction et la réalité. Les progrès importants en médecine ne manqueront normalement pas de susciter l’attention des grandes agences de presse, des sites, des chaines de radio et de télévision et seront donc publiés dans des sites crédibles spécialisés en santé. Si un traitement n’a pas fait l’objet de reconnaissance ou de plébiscites de la part de ces médias, il est improbable qu’il y ait des preuves, qu’il soit fiable.

Le diable est dans le détail

Parfois, de petits détails trahissent une fausse affirmation sur la santé. Des incohérences, des arguments à moitié vrais, des avis de non-responsabilité sont des indices qui montrent que le produit ou son promoteur pourrait ne pas être sincère. Les ingrédients du traitement, ses mécanismes d'action et son efficacité sont-ils clairs ? Pourquoi, par exemple, un produit qui ne prétend pas être un médicament serait-il conditionné pour ressembler à un produit pharmaceutique ?

Si cela semble trop beau pour être vrai, c'est généralement le cas. La Food and Drug Administration (FDA) – l'administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments –  avertit que les produits vendus comme une panacée, capable de traiter toute une série de maux, sont généralement des canulars. Il en va de même pour les solutions rapides et les produits qui offrent une garantie de satisfaction.

Méfiez-vous également du jargon médical non nécessaire, les termes confus et flous. Prenez par exemple cette huile de cannabidiol (CDB), dont les fabricants disent avoir « normalisé des tests approfondis afin d’évaluer avec exactitude le potentiel (de leurs) produits ».

Ils veulent également que vous sachiez que leurs huiles sont fabriquées dans des laboratoires suisses. Ces affirmations sont mises en avant pour créer l’illusion de la science en l’absence de preuves conclusives. En réalité, le jury s’attarde encore sur la CDB, qui a été appelée le « new snake oil », en raison de l'enthousiasme frénétique avec lequel il a été adopté.

Les fausses affirmations sont souvent justifiées par des preuves anecdotiques et des témoignages personnels avec l’intention de rendre l’histoire digeste et le traitement efficace. Mais sans aucune preuve scientifique attestant qu’un traitement fonctionne, ces approbations sont aussi fiables que des ragots de bureau.

Essais cliniques et sécurité des patients

Pour déterminer si un traitement est sûr et efficace, il doit être soumis à un protocole d’essais cliniques approfondis dans lequel il est considéré en premier lieu comme étant sans danger pour la consommation humaine, puis administré à un large échantillon de personnes afin de déterminer son efficacité. Afin d'obtenir une preuve concluante du bon fonctionnement du traitement, celui-ci est comparé à un placebo. C'est ce qu'on appelle un « essai contrôlé ».

Toutes les recherches ne sont pas publiées, bien que de plus en plus de gens s’engagent à rendre cette information accessible à tous. Les résumés de la plupart des études publiées sont disponibles en ligne et devraient vous donner un bon aperçu des résultats. Google Scholar affichera les résultats de la plupart des revues universitaires réputées. La base de données Medline présente également une collection complète de recherches publiées.

Bien qu'il existe des arguments selon lesquels le processus d'essais cliniques est excessivement coûteux pour les traitements moins rentables, les essais sont considérés comme faisant partie intégrante de la sécurité des patients.

Si vous n'avez pu trouver aucune recherche publiée pour soutenir une allégation, contactez la personne ou l'organisation qui commercialise le produit ou le service et demandez-lui quelles preuves elle peut fournir sur l'efficacité de son produit.

N'oubliez pas : si un traitement n'a pas été testé sur des humains, il ne peut être considéré comme étant sûr ou efficace. Si l'étude n'a pas été contrôlée et que l'échantillon n'était pas suffisamment grand, les résultats ne peuvent être considérés comme concluants. (Les phases ultérieures des tests cliniques impliquent des milliers de participants).

Toujours essayer de parler à un expert

On vous dira peut-être que le produit a été testé ou est en cours de test, mais sans les résultats de ces tests, l'affirmation reste non prouvée. Dans la mesure du possible, parlez également à un expert réputé dans le domaine concerné afin d'obtenir son point de vue sur la question et de vous aider à donner un sens à des recherches complexes.

Tout de même, gardez à l'esprit que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de preuve concluante sur l’efficacité d’un traitement que celui-ci n'est pas efficace. Cela signifie simplement qu'il n'a pas (encore) été soumis à des tests rigoureux. Dans ce cas, il serait incorrect d'affirmer avec certitude qu'un traitement ne fonctionne pas.

Cependant, la vente ou la promotion d'un traitement ou d'une cure sans preuve de son efficacité est profondément contraire à l'éthique et doit être remise en question. En général, cela signifie également que l'on n'en sait pas assez sur la sécurité d'un traitement particulier. Il est important que ces préoccupations soient soulevées et que les lecteurs soient informés de l'absence de preuves et des répercussions que cela peut avoir pour eux.

Tout d'abord, ne pas nuire…

Parfois, les patients choisissent de suivre un traitement même s'ils savent qu'il n'existe pas encore de preuve concluante de son efficacité. Leur décision peut être influencée par des normes culturelles ou un besoin d'engagement spirituel. Les phytothérapeutes traditionnels sont souvent consultés en tant que conseillers et guérisseurs spirituels, et pas seulement pour le traitement d'affections physiques.

D'autres peuvent être intrinsèquement sceptiques à l'égard de la médecine moderne et allopathique et choisir de rechercher ce qu'ils considèrent comme des options de traitement plus naturelles. Ce choix est souvent motivé par l'idée fausse que si un produit est étiqueté à base de plantes, il ne peut pas être dangereux.

Cette croyance est facilement remise en question par le fait que, techniquement, la morelle, le laurier-rose et la ciguë sont toutes des plantes, et sont toutes potentiellement dangereuses pour la consommation humaine.

Le public a le droit de savoir

Il est intéressant de noter que l'effet placebo suggère que même s'il est prouvé que les traitements n'ont aucun effet, ils peuvent tout de même avoir un certain impact positif sur les personnes qui les prennent, simplement parce qu'elles croient qu'elles se sentiront mieux.

Même si un traitement est connu pour être inefficace, toutes ces considérations font qu'il est extrêmement important qu’il soit au moins sûr pour la consommation humaine. Et s'il ne l'est pas, le public a le droit d'en être informé en termes clairs.

Dans certains cas, les promoteurs d'un traitement proposent des directives en matière de sécurité. Le Placenta Network, par exemple, indique clairement les précautions à prendre lorsque les jeunes mères décident de consommer leur placenta, une pratique qui, selon lui, facilitera leur rétablissement après la naissance.

Dans d'autres cas, la sécurité d'un traitement supposé peut être moins claire et vous devrez peut-être consulter un médecin pour avoir une meilleure idée des risques encourus. Certains traitements à base de plantes peuvent provoquer des vomissements et ainsi interférer avec l'efficacité des médicaments existants.

Suivre l’argent

Il existe aujourd’hui des recherches scientifiques, autant que jamais auparavant, auxquelles se référer. En tant que société, nous faisons de plus en plus confiance à la science et nous nous attendons à ce qu’elle nous aide à avoir une vie longue et sans douleur. Pourtant, une grande partie de la recherche scientifique n'est pas entreprise dans le but de la recherche de la vérité ou même de la santé, mais bien dans l'espoir d'un éventuel profit ou d'un succès.

Sur cette base, il est utile de suivre l'argent. La plupart des revues scientifiques crédibles exigent des auteurs qu’ils soumettent une déclaration d’intérêt dans laquelle ils sont censés divulguer tout conflit d’intérêts.

Mais parfois, de fausses déclarations peuvent être le résultat d’une recherche mal interprétée ou insuffisante, exagérée ou sensationnaliste, destinée à informer ou à divertir. Nous en voyons des exemples dans lesquels un aliment particulier est mis en avant pour ses propriétés bénéfiques sans que des preuves solides viennent étayer cette affirmation.

Pour ce qui est des conseils de santé, faites toujours appel à des sites de confiance. Vous pouvez rapidement comprendre à quel point une publication prend au sérieux le contenu santé qu'elle crée en lisant des informations sur ses contributeurs et réviseurs, ses sources de financement et ses partenaires. Prenez par exemple le vaste panel de professionnels de la santé qui contribuent et vérifient le contenu sur Healthline.

Ne présumez pas que les régulateurs contrôlent les traitements des charlatans

En tant que consommateurs, nous tombons facilement dans le piège qui consiste à penser que tous les traitements vendus dans des pharmacies réputées ou sur des sites web d'apparence légitime ont été testés et se sont révélés efficaces. Mais ce serait une erreur de croire que le gouvernement ou un organisme de réglementation peut éliminer toutes les fausses allégations ou que le public est protégé des remèdes de charlatans parce que leur vente n'est pas légale.

En Afrique du Sud, l'Autorité sud-africaine de réglementation des produits de santé, récemment créée, devrait renforcer la protection des utilisateurs. Son prédécesseur, le Medicines Control Council, n'a pas toujours été considéré comme étant à la hauteur dans ce domaine.

Alors que les traitements éprouvés sont généralement commercialisés directement auprès de la communauté médicale, les charlatans s'adressent souvent directement aux médias ou aux plateformes de médias sociaux et comptent sur la presse et le public pour faire la publicité autour de leurs produits. Il est donc essentiel que les journalistes prennent le temps d'examiner les allégations sur la santé avant de les publier.

Nous avons tous un rôle à jouer

Mais il ne faut pas laisser à la seule presse le soin d'éradiquer la désinformation, en particulier les mythes qui sont diffusés à travers les services de messagerie personnelle.

À une époque où tout le monde participe à la création et à la diffusion de l'information, nous devons tous apprendre à devenir sceptique. Lire régulièrement les contenus qui déconstruisent les mythes sur des sites comme Africa Check, ou celui-ci : la série « Behind the headlines » de la National Health Service de la Grande Bretagne, ou le contenu de la FDA Health Fraud Scams peut vous aider à affiner votre capacité à filtrer les faux traitements et les fraudeurs.

Il n'est pas toujours possible, pratique ou juste de qualifier un traitement d'inefficace ou de qualifier de fraudeur un vendeur. Toutefois, sauf preuves concluantes de leur efficacité et de leur sécurité, les allégations sur la santé doivent toujours être présentées comme ce qu’elles sont : de simples affirmations.

Note de l’éditeur : cet article de blog a été traduit de l’anglais. Vous pouvez lire sa version originale ici.

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