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Guinée : ces photos ne sont pas celles de l’arrestation de journalistes le 16 octobre 2023 à Conakry

EN BREF – Toutes les photos ont bien été faites en Guinée, mais dans des contextes différents de celui rapporté dans la publication vérifiée. Elles ont été prises par un photographe de l’Agence France-Presse (AFP) à Conakry, en 2019 et en 2022.

Sur Facebook, une page baptisée Plume Libre a publié le 17 octobre 2023 un texte repris du site du magazine Jeune Afrique citant l’Agence France-Presse (AFP) sur l’arrestation de journalistes guinéens lors d’une marche à Conakry, la capitale guinéenne, contre la censure dans leur pays.

Le texte est accompagné de quatre photos.

Contexte de la publication

Le 16 octobre 2023, une marche de protestation regroupant des journalistes guinéens a eu lieu à Kaloum, dans le centre-ville de Conakry. Des professionnels des médias se sont insurgés contre les restrictions imposées au site d’information Guinée Matin par les autorités de la transition. Une dizaine de journalistes ont été arrêtés le même jour, 16 octobre 2023, en début de journée avant d'être libérés dans la soirée.

Ce que qu’a publié Plume Libre le 17 octobre 2023

« EN GUINEE, UNE DOUZAINE DE JOURNALISTES ARRETES LORS D’UNE MANIFESTATION CONTRE LA CENSURE », peut-on lire dans le texte de publié le 17 octobre 2023 par Plume Libre sur Facebook. « Ces professionnels des médias ont été interpellés par les forces de sécurité pour ‘participation délictueuse à un attroupement illégal’. Ils protestaient contre le blocage du site Guinée Matin. Le Syndicat de la presse privée de Guinée (SPPG) avait appelé la profession à une marche dans le centre de la capitale pour réclamer la levée des restrictions imposées au site Guinée Matin. Depuis mi-août, celui-ci est inaccessible depuis la Guinée sans VPN (réseau privé virtuel). La junte au pouvoir depuis septembre 2021 n’a fourni aucune explication à ce blocage. ‘Nous avions l’intention de nous rassembler au rond-point du port. Les forces de l’ordre mixtes police/gendarmerie nous ont gazés’, a indiqué Abdouramane Diallo, un responsable du SPPG. Une journaliste a été légèrement blessée, a-t-il dit. Des images diffusées sur internet montrent des journalistes s’éloigner de nuages de gaz tandis que résonnent des détonations et que passent des véhicules de gendarmerie. - ‘Recul grave de la liberté d’expression’ - Au moins 12 journalistes ont été arrêtés, dont le secrétaire général du SPPG, ont dit les organisations professionnelles. Ils ont été déférés au tribunal pour ‘participation délictueuse à un attroupement illégal’ : la junte a interdit les manifestations en 2022. Quatre associations de presse ont dit dans une déclaration conjointe qu’elles ‘condamnent ces violences gratuites commises contre des journalistes’ et ‘exigent leur libération immédiate et sans condition’. ‘Les associations de presse prennent l’opinion nationale et internationale à témoin du recul grave de la liberté d’expression et de la démocratie’, ajoutent-elles. JEUNE AFRIQUE Avec AFP - JEUNE AFRIQUE », poursuit le texte, assorti de quatre photos.

On y voit un déploiement policier (première photo), des manifestants brandissant des banderoles (deuxième et quatrième photos) et l’intérieur d’une salle d’audience judiciaire (troisième photo).

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À propos de la page Plume Libre

La page Plume Libre a été créée le 12 novembre 2014 sur Facebook et a été enregistrée dans la catégorie Société de médias/d’actualités.

D’après les renseignements fournis à Facebook, elle est gérée depuis la Côte d'Ivoire. Les personnes qui l’administrent sont basées à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. La page est également liée à un numéro de téléphone ivoirien ainsi qu’à un site portant le même nom et utilisant le même logo qu’elle.

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Des photos hors contexte

En effectuant la recherche inversée d’images à partir du logiciel TinEye, nous avons pu retrouver l’origine de ces quatre photos, dont aucune n’a été prise pendant ou après l'arrestation, le 16 octobre 2023, de journalistes guinéens.

Nous les avons toutes retrouvées sur le site de Getty Images, agence américaine de photos également banque d’images, créditant comme auteur Cellou Binani.

Cellou Binani est la signature de Cellou Binani Diallo, photographe travaillant pour l’AFP en Guinée.

Les quatre photos ont bien été prises à Conakry, mais à des dates différentes : juillet 2022, septembre 2022 et avril 2019.

Photo 1 : des policiers anti-émeutes en juillet 2022

La première photo montre « des policiers anti-émeutes » en train d’utiliser du gaz lacrymogène lors d’une manifestation d’opposants le 28 juillet 2022 à Conakry, peut-on lire dans la légende de l'image originale sur Getty Images, enregistrée sous le numéro 1242159968.

Depuis 2022, elle a été utilisée par plusieurs sites ou médias, en diverses occasions.

(Pour toutes les captures d’écran ci-dessous, nous avons utilisé une traduction automatique de l’anglais vers le français faite par Bing, moteur de recherche de Microsoft.)

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Photos 2 et 4 : des journalistes lors d’une marche en avril 2019

La deuxième et la dernière photos publiées par Plume Libre dans la publication vérifiée montrent des personnes brandissant des banderoles, une sur chaque photo.

Sur la deuxième photo, on peut lire : « Marche de colère des médias – Plus de journalistes en prison ! ». Sur la quatrième photo, il est écrit : « Marche de colère des médias – Honte aux magistrats zélés et corrompus ».

Selon les résultats sur Getty Images, les deux images ont été prises le 2 avril 2019 à Conakry, lors d’une marche de journalistes guinéens « pour exiger la libération du journaliste Lansana Camara, directeur du site conakrylive.info, un jour après qu’un juge a rejeté la demande de libération faite par son avocat ».

De même source, ce journaliste avait été « arrêté le 26 mars 2019 » et était alors « détenu à la prison centrale de Conakry, à la suite d’une plainte du ministre des Affaires étrangères l’accusant de diffamation à la suite d’un article » sur une tentative présumée de détournements de fonds dans ce département ministériel.

La deuxième photo est visible sur Getty Images sous le numéro 1134473895.

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La quatrième photo de la publication vérifiée figure sur Getty Images sous le numéro 1134492260.

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Photo 3 : image d'une salle d'audience, dans un tribunal, en septembre 2022

Quant à la troisième photo utilisée par Plume Libre dans sa publication vérifiée, elle date du 28 septembre 2022, est-il indiqué dans la légende sur Getty Images, où l’image originale est référencée sous le numéro 1243577616.

Elle a été prise « à l’intérieur du nouveau palais de justice de Conakry, le 28 septembre 2022, lors de l’ouverture du procès pour le massacre » de plus de 150 personnes en septembre 2009 dans la capitale guinéenne.

Parmi les accusés, figure Moussa Dadis Camara, militaire putschiste qui dirigeait la Guinée (décembre 2008-décembre 2009) lorsque ce massacre a été commis lors d’un rassemblement pacifique de milliers d’opposants dans un stade de Conakry.

Moussa Dadis Camara, qui nie les faits qui lui sont reprochés, est jugé pour « complicité de meurtres, de viols et de disparitions forcées ». Une dizaine d'anciens responsables militaires et gouvernementaux de la période de sa présidence sont également concernés par ce procès, qui se déroule devant le tribunal de Dixinn, à Conakry.

Selon une commission internationale d’enquête de l’ONU, le 28 septembre 2009, des militaires ont tué dans le stade et ses environs plus de 150 personnes (« 156 personnes tuées ou disparues » dont cette commission a pu « confirmer l’identité, d’après son rapport). La commission a également fait état d’« au moins 109 femmes victimes de viols et d’autres violences sexuelles », ainsi que de « cas de torture ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants », d’arrestations et détentions arbitraires, mais aussi de pillages, vols « lors des exactions du 28 septembre ».

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Cet article a été réalisé par le journaliste guinéen Amadou Kouyaté (Groupe Évasion Guinée) dans le cadre d’un stage d’immersion au sein de la rédaction francophone d’Africa Check, à Dakar, soutenu par la Fondation Konrad Adenauer.

Article édité par Dieynaba Thiombane et Coumba Sylla.

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