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Montage / Africa Check

Attention, cette photo n’est pas celle d’une « brigade » de l’armée du Rwanda « déployée en renfort » en octobre 2023 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC)

EN BREF – La photo a été prise en décembre 2022 dans l’est de la RDC. Elle a été diffusée par l’agence de presse internationale AP et montre des rebelles marchant sur une route, « après une cérémonie marquant le retrait de leurs positions » de la ville de Kibumba, selon sa légende.

L’est de la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à des résurgences de combats et de violences depuis près de trente ans. Ces violences impliquent divers mouvements rebelles dont le Mouvement du 23 mars (M23, rébellion armée congolaise) et l’armée congolaise (ou FARDC, pour Forces armées de la RDC), ainsi que des milices considérées comme pro-gouvernementales.

Les affrontements se déroulent notamment dans le Nord-Kivu, frontalière du Rwanda. La RDC accuse le Rwanda de soutenir les rebelles congolais à travers son armée, souvent désignée par le sigle RDF, pour Rwanda Defence Force, les Forces de défense rwandaises. Une affirmation que conteste Kigali qui, en retour, accuse Kinshasa de collaborer avec la rébellion rwandaise des FDLR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda.

Le soutien du Rwanda à des rebelles congolais a été documenté par le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo, créé en 2004. Dans la version française de leur rapport pour l’année 2022 rendu public en juin 2023, ces experts ont affirmé avoir « obtenu de nouvelles preuves des interventions directes » de la RDF en République démocratique du Congo, « soit pour renforcer les combattants du M23, soit pour mener des opérations militaires » contre les FDLR « et les groupes armés locaux » (page 2/243), sur la base de ses « enquêtes menées jusqu’au 15 avril 2023 » (page 6/243).


Lire notre article : « Non, le Rwanda n'a pas promis « de chasser tous les Congolais » de son territoire »


Au début du mois d’octobre 2023, des combats ont été rapportés dans le Nord-Kivu entre le M23 et des miliciens pro-gouvernementaux dits les « Wazalendo ». Wazalendo signifie « patriote » en swahili (ou kiswahili), une langue parlée en RDC, dans plusieurs pays en Afrique de l’Est dont le Rwanda, et ailleurs dans le monde.

Plusieurs localités ont été concernées par ces affrontements, selon diverses sources citées dans un article mis en ligne le 8 octobre 2023 par la Radio Okapi (et modifié le lendemain, 9 octobre 2023. Nous nous basons sur la version modifiée, NDLR). Radio Okapi a été créée par les Nations unies et la Fondation Hirondelle, une organisation non gouvernementale suisse soutenant le journalisme et les médias dans des pays en crise. Ce texte parle notamment du village de Nturo, « d’une partie de Kitshanga et Kilolirwe » mais aussi et « notamment de la partie nord de Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru, et autour de Kilolirwe et Kitshanga, dans le territoire de Masisi ».

C’est dans ce contexte qu’une page Facebook appelée KIVU MISE A JOUR (KivuInfoUpdates dans l’adresse de la page) a publié le 7 octobre 2023 un texte accompagné d’une photo évoquant le déploiement de soldats rwandais dans l’est de la RDC, en « renfort ».

Que dit la publication de KIVU MISE A JOUR ?

« Depuis le dimanche 1er octobre 2023, une autre brigade rwandaise RDF a été déployée en renfort en RDC le long des territoires de Nyiragongo, Rutshuru et Masisi au Nord-Kivu. Une brigade des RDF compte 4 bataillons, et un bataillon des RDF compte un minimum de 1 000 hommes. Pour le reste, vous pouvez faire le calcul. ET DANS TOUT ÇA LES FARDC DE KILOMBO NE FONT RIEN POUR VENIR EN RENFORT AUX JEUNES PATRIOTES WAZALENDO. Aaah la complicité de Kilombo et ses frères banyarwanda, » peut-on lire dans le texte partagé par la page KIVU MISE A JOUR, que nous avons reproduit tel qu’écrit.

Les Banyarwanda sont des communautés rwandophones (parlant le kinyarwanda) établies en RDC, mais également au Rwanda et dans des pays voisins.

La photo de la publication montre des militaires avec attirail de guerre marchant en file au bord d’une piste, avec un arrière-plan montagneux.

Capture 01 Meta check relu DT-CS RDC-Rwanda-armee

À propos de la page de la publication

La page KIVU MISE A JOUR a été créée le 19 juin 2020, selon les indications sur sa transparence. Appelée au départ KIVU MIS A JOUR, elle a été rebaptisée KIVU MISE A JOUR le 16 août 2021.

Elle est gérée depuis l’Irlande et la RDC.

Elle s’est enregistrée sur Facebook dans la catégorie « Site web d’actualités ».

Dans sa présentation (partie « Intro »), on peut lire : « Partager l'actualité brute de la RDC et du monde entier aux Kivutiens est notre objectif ».

Au 23 novembre 2023, elle était suivie par quelque 65 000 individus ou comptes (« followers »).

Capture 02 Meta check relu DT-CS RDC-Rwanda-armee

La photo date de décembre 2022

La photo qui fait l'objet de notre vérification est antérieure au contexte dans lequel elle est publiée.

Selon les résultats de la recherche inversée d'image effectuée notamment avec l’outil dédié TinEye, elle a été prise le 23 décembre 2022 par Moses Sawasawa pour l’agence de presse internationale Associated Press (AP).

Ces détails figurent dans la légende de la photo d’origine, enregistrée sous le numéro d’identification 22357578392051 (ID : 22357578392051) sur AP Newsroom, un des sites de la plateforme d’AP.

De même source, elle a été prise le 23 décembre 2022 près de la ville de Kibumba, dans l’est de la RDC. Elle montre « des rebelles du M23 » marchant sur une route « après une cérémonie marquant le retrait de leurs positions » de Kibumba.

(Pour la capture d’écran ci-dessous, nous avons utilisé une traduction automatique de l’anglais vers le français faite par Bing, moteur de recherche de Microsoft.)

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On retrouve cette photo de Moses Sawasawa dans un article mis en ligne le 7 octobre 2023 par la chaîne de télévision publique francophone TV5Monde.

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Elle est visible également, cette fois-ci sans légende, dans un texte publié le 12 octobre 2023 par le média congolais en ligne Politico.

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Attention aux images sorties de leur contexte

Africa Check et plusieurs organisations de vérification de faits mettent régulièrement en garde contre les images utilisées hors de leur contexte, pratique très courante sur réseaux sociaux, notamment sur Facebook. Cette manière de faire contribue à induire en erreur les personnes consommant les contenus concernés, qu’il s’agisse de lecteurs, de téléspectateurs ou d’internautes et, dans certains cas, susciter des réactions violentes.

Dans un contexte de tension ou de guerre, comme celui qui prévaut en RDC, il est recommandé d’être prudent dans les contenus que vous publiez ou partagez, pour éviter d’alimenter des fils de désinformation ou de haine.

Nos recherches effectuées dans le cadre de la vérification de cette publication ne nous ont par permis de confirmer de déploiement de militaires rwandais dans la zone et dans période mentionnées.


Lire nos guides.


Un bataillon de l’armée rwandaise compte-t-il « un minimum de 1 000 hommes » ?

Dans sa publication, l’auteur de la publication que nous vérifions affirme notamment : « Une brigade des RDF compte 4 bataillons, et un bataillon des RDF compte un minimum de 1 000 hommes ».

Nos recherches ne nous permettent pas de confirmer ou d’infirmer ces allégations.

Nous avons consulté le site officiel du ministère rwandais de la Défense ainsi que sa page dédiée à aux Forces de défense rwandaises, que composent l’Armée de terre (Army), l’Armée de l’air (Air Force) et la Force de réserve (Reserve Force).

Nous y avons vu une série de décrets présidentiels datant de septembre 2012, compilés dans un document de 87 pages et relatifs à l’organisation et aux attributions des différentes composantes de l’armée rwandaise. Cependant, nous n’y avons pas trouvé de précisions sur les effectifs d’un bataillon, d’une brigade et, de, manière générale sur les chiffres des différentes subdivisions de l’armée rwandaise.

Dans une analyse (en anglais) publiée en novembre 2022, l’Institut international d'études stratégiques (International Institute for Strategic Studies, IISS) a indiqué que 33 000 soldats étaient « en service actif en 2022 » dans les forces armées rwandaises.

Selon la littérature, les effectifs d’un bataillon peuvent varier d’un pays à l’autre.

C’est ce que rapporte notamment Le Guichet du Savoir, site pédagogique de la Bibliothèque municipale de Lyon, en France, dans une réponse à un internaute publiée le 4 mars 2005 sur les effectifs des unités composant une armée.

D'après ce texte, la plus petite unité dans l’armée est un peloton. Plusieurs pelotons forment une compagnie. Plusieurs compagnies forment un bataillon. Plusieurs bataillons forment un régiment. Plusieurs régiments forment une brigade, et « la  division est l'unité tactique immédiatement supérieure à la brigade. Elle est normalement commandée par un général de division ».

« La compagnie comprend de 50 à 200 hommes selon les Nations. L'on voit donc qu'un bataillon peut compter de 200 à 2 000 hommes selon les Nations et selon les époques », précise le site, alimenté par des bibliothécaires, précisant se fonder sur des « notions de vocabulaire militaire extraites de dictionnaires de langue française » et de deux sites spécialisés français et canadien.


Cet article a été réalisé par le journaliste congolais (de RDC) Moïse Esapa (Balobaki Check) dans le cadre d’un stage d’immersion au sein de la rédaction francophone d’Africa Check, à Dakar, soutenu par la Fondation Konrad Adenauer.

Article édité par Dieynaba Thiombane et Coumba Sylla.

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