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Afrique : l’aflatoxine fait-elle perdre 670 millions USD par an ?

La prévalence de l’aflatoxine constitue « une sérieuse entrave au commerce et à la croissance économique, avec une perte de 670 millions de dollars [environ 370 milliards de francs CFA] par an, du fait de l’impossibilité d’accéder aux marchés internationaux », a dit  Winta Sintayehu, représentante du Partenariat pour la lutte contre l’aflatoxine en Afrique (PACA) à la Commission de l’Union africaine.

Elle participait à une rencontre  sur le financement de la lutte contre cette forme de toxine au Sénégal.

L’aflatoxine occasionne-t-elle autant de dommage sur le plan commercial ? Africa Check a examiné ce chiffre.

D’où tient-on cette affirmation ?


Dans la dépêche de l’APS reprise par le site Dakarsanté.net, la représentante du PACA  cite une étude réalisée avec le Centre de contrôle et la prévention des maladies, un organe de l’Union africaine.

Africa Check a contacté Winta Sintayehu qui a confirmé que l’aflatoxine est « une  sérieuse menace pour l’exportation des produits agricoles notamment en Europe, mais aussi pour la santé des populations, car elle est à l’origine de beaucoup de cas de cancer en Afrique ».

Winta Sintayehu a cité une étude du PACA. Celle-ci est intitulée «Aflatoxine : une synthèse de la recherche en santé, agriculture et commerce».

Qu’est-ce que l’aflatoxine ?


Réalisée en 2012 grâce au soutien de l’USAID,  cette étude du PACA renseigne que «l’aflatoxine est une toxine hautement cancérigène produite par le champignon Aspergillus flavus ».

Elle explique que «ce champignon, ainsi que les toxines qu’il produit, réside normalement dans les sols et sur la matière végétale, y compris des graines ou des céréales, des arachides, des semences, et d’autres légumineuses ».

Est-ce un motif de rejet des produits agricoles ?


L'arachide occupe une bonne partie de la mian d'oeuvre agricole au Sénégal. Photo AFP. L'arachide occupe une bonne partie de la mian d'oeuvre agricole au Sénégal. Photo AFP.

Principal produit agricole exporté, l’arachide sénégalaise  a perdu son marché européen depuis 2006. La Commission européenne, à travers un règlement de décembre 2006, a fixé des taux d’aflatoxine pour les produits alimentaires admis sur le territoire européen.

C’est ainsi que  pour les « arachides destinées à être soumises à un traitement de tri ou à d'autres méthodes physiques avant consommation humaine ou utilisation comme ingrédients de denrées alimentaires », la prévalence de l’aflatoxine est fixée à  8 microgrammes par kilogramme, niveau minimal communément appelé B1. Elle est limitée à un niveau maximal de 15 microgrammes par kilogramme.

Le règlement de l’UE précise que pour les « arachides, fruits à coque et produits dérivés de leur transformation, destinés à la consommation humaine directe ou à une utilisation comme ingrédients de denrées alimentaires », la teneur maximale en aflatoxine ne doit pas dépasser 4 microgrammes par kilogramme.

Contacté par Africa Check, l’ex-directeur du groupe des laboratoires Wolff, consultant de la FAO, souligne que « l'Union européenne a décidé de limiter à la fois la teneur en aflatoxine B1 et en aflatoxine totale ».

«Compte tenu des valeurs retenues, c'est la limite en aflatoxine B1 qui est la plus contraignante dans la mesure où elle représente généralement entre 70 et 90 % de l'aflatoxine totale», explique l’expert.

Parts de marché perdues


Au niveau africain, l’étude du PACA reprend une déclaration de l’ex-secrétaire général de l’ONU, Koffi Annan, selon laquelle la prévalence de l’aflatoxine dans les produits agricoles engendre «une perte commerciale de 670 millions de dollars par an ».

Koffi Annan s’est basé sur une étude de la Banque mondiale intitulée « Saving two in a billion: A case study to quantify the trade effect of European food safety standards on African exports».

«Les résultats de l’étude montrent que la nouvelle norme sur les aflatoxines dans l'UE aura un impact négatif sur les exportations africaines de céréales, de fruits secs et de noix vers l'Europe. La norme de l'UE, qui baissera le risque de  décès, réduira les exportations africaines de 64% ou de 670 millions de dollars», renseigne  le document.

Mais les données ont évolué entre temps, comme le confirme Amadou Lamine Senghor de la Direction de la protection des végétaux (Sénégal).

Auteur du rapport  «Le problème de l’aflatoxine sur l’arachide en Afrique de l’Ouest», M. Senghor indique que «les pertes  totales sont estimées à 1, 2 milliard de dollars, en 2015». 

Contacté par Africa Check, le  chef de l’équipe de la Banque mondiale, Tsunehiro Otsuki précise que « cela fait plus de dix ans qu’on parle de ce  niveau de pertes  commerciales [670 millions de dollars] pour l’Afrique ».

«Vu l’évolution des échanges commerciaux, ce montant est de loin dépassé. Il pourrait doubler, car les prix à l’exportation des produits ont augmenté depuis lors», confie Tsunehiro Otsuki, professeur à l’Université d’Osaka (Japon).

En effet, d’après l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la valeur des exportations africaines vers l’Union européenne est passée de 128 à 216 milliards de dollars entre 2005 et 2013.

Conclusion : les pertes sont sous-estimées


Winta Sintayehu, responsable du Partenariat pour la lutte contre l’aflatoxine en Afrique (PACA), a dit que cette substance occasionne une perte de 370 milliards de francs à l’exportation de la production d’arachide.

Mais l’évaluation des pertes commerciales date de plus de dix ans, si on se réfère à l’étude du PACA et  aux données de la Banque mondiale.

D’après   l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’économiste japonais Tsunehiro Otsuki,  si l’on prend en compte uniquement les  exportations africaines vers l’Union européenne, leur valeur  a doublé durant la même  période. En conséquence, le manque à gagner avancé par Winta Sintayehu est sous-estimé.

Edité par Assane Diagne

 

 

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