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Ban Ki-moon a-t-il écarté les Africains de postes à responsabilité à l’ONU ?

Le président de la Gambie Yahya Jammeh a accusé le secrétaire général de pratiques racistes pour avoir écarté, selon lui, « tous les Africains des postes à responsabilité à l’ONU ».

« Ban Ki-moon veut nous faire la leçon. Eh bien qu’il vienne ici, et on verra ce que je lui répondrai ! En plus, il est raciste. Il a écarté tous les Africains des postes à responsabilité à l’ONU », a déclaré M. Jammeh dans une interview avec Jeune Afrique.

Africa Check a sollicité la réaction du cabinet présidentiel gambien, mais en vain. Nos courriers électroniques n’ont pas connu de suite.

Ban Ki-moon a-t-il écarté les Africains de postes à responsabilité à l’ONU ? Ou alors quelle était la situation des hauts fonctionnaires africains juste avant lui ? Quelle est la situation actuelle ?

Une cinquante d’Africains au Secrétariat général


Une cinquantaine de hauts fonctionaires africains dont un Gambien sont en service à l'ONU. Photo AFP Une cinquantaine de hauts fonctionaires africains dont un Gambien sont en service à l'ONU. Photo AFP

Africa Check a contacté Mathias Gillmann, porte-parole adjoint du secrétaire général de l’ONU, qui a affirmé que « de nombreux postes à haute responsabilité sont actuellement occupés par des ressortissants africains ».

M. Gillmann a cité en exemples des responsables de l'Afrique du Sud au Zimbabwe, en passant par l'Algérie, l'Egypte, l'Ethiopie, le Nigéria, la Sierra Leone, le Senegal et le Tchad.

« En outre, le secrétaire général a choisi dès son début de mandat Mme Asha Rose Migiro de la Tanzanie au poste de vice-secrétaire générale (elle a depuis pris d'autres fonctions) », a ajouté le porte-parole adjoint de Ban Ki-moon.

23 pays africains représentés


Dans un document publié sur son site web, l’ONU signale qu’actuellement, une cinquantaine de hauts responsables africains sont en service au Secrétariat général, à la date du 11 mai 2016.

Ils sont fonctionnaires des Nations Unies et fonctionnaires de rang équivalent originaires de 23 pays d’Afrique dont la Gambie, selon le document consulté par Africa Check.

D’ailleurs, Nick Branson, chercheur à l’African Research Institute, un think-tank basé à Londres,  a confirmé à Africa Check que « lorsque Ban Ki-moon est arrivé, son adjointe était Dr. Asha-Rose Migiro de la Tanzanie (actuel ambassadeur à Londres) ».

« Actuellement, parmi les sous-secrétaires généraux, il y a des Africains dont Phumzile Mlambo-Ngcuka (une Sud-Africaine nommée par Ban to à la tête d’’ONU-Femmes) et Babtunde Osotimehin, le Nigerian à la tête de UNFPA», a dit M. Branson.

« Parmi les représentants spéciaux qu’il a nommés figurent Zainab Bangura (une Sierra Léonaise qui travaille sur les violences sexuelles basées sur le genre) et Leila Zerrougui d’Algérie qui s’occupe des enfants dans les conflits armés. Les deux derniers envoyés spéciaux de l’ONU en Somalie sont des Africains : le Mauritanien Ahmedou Ould-Abdallah and le Tanzanien Augustine Mahiga », a-t-il relevé.

Les institutions onusiennes basées à Addis-Abeba (CENUA) et à Nairobi sont dirigées par des Africains : Carlos Lopes (Guinée-Bissau) et Sahle-Work Zewde (Ethiopie), a rappelé M. Branson.

Quelle était la situation avant Ban Ki-moon ?


Le patron de l'ONU Ban Ki-moon et le président de la RD Congo Joseph Kabila, lors d'une rencontre internationale, en février 2016, à Kinshasa. Photo AFP Le patron de l'ONU Ban Ki-moon et le président de la RD Congo Joseph Kabila, lors d'une rencontre internationale, en février 2016, à Kinshasa. Photo AFP

Ban Ki-moon a pris fonction en janvier 2007.  Dans un document intitulé «Les Africains à l’ONU», l’ancien ambassadeur de France à l’ONU, feu André Lewin, a fait le point en 2006.

«Actuellement [2006], les Africains qui occupent les plus hautes fonctions au secrétariat de l’ONU sont Lakhdar Brahimi (ancien ministre des Affaires étrangères d’Algérie), la Nigérienne Aminata Djermakoye (naguère chef du protocole, maintenant directeur à l’Office européen de l’ONU à Genève), Ibrahim Gambari (Nigeria) et Tuliameni Kalamoh (Namibie) au département des Affaires politiques, Hédi Annabi (Tunisie) au département des Opérations de maintien de la paix», selon lui.

Etaient représentants personnels ou envoyés spéciaux les Sénégalais Ibrahima Fall (région des Grands Lacs, Lituanie, peuples autochtones, décennie contre le racisme) et Cheikh Tidiane Sy puis le général Lamine Cissé (RCA), le Nigérian Ibrahim Gambari et l’Algérien Mohamed Sahnoun.

M Lewin cite également le Béninois Albert Tevoedjre (pour la Côte-d’Ivoire), l’Ougandais Olara Otunnu (enfants dans les conflits armés), le Botswanais Joseph Legwalla (Érythrée-Éthiopie), l’Ougandaise Rachel Mayanja (promotion de la femme), le Mozambicain Joao Bernardo Honwana (Guinée-Bissau), le Mauritanien Ahmedou Ould Abadallah (Afrique de l’Ouest), le Tanzanien Daudi Ngelautwa Mwakawago (Sierra Leone), ou encore le Guinéen François Lounceny Fall (Somalie).

Conclusion : les propos de Yahya Jammeh sont inexacts


Il ne s’agit pas pour nous de défendre Ban Ki-moon mais de voir si les accusations de M. Jammeh sont fondées, autrement dit, si tous les Africains ont été écartés des postes à responsabilité.

A la lumière des informations disponibles, tel n’est pas le cas. Des Africains occupent toujours de hautes fonctions à l’ONU. Une cinquantaine de hauts responsables du continent originaires de 23 pays et de toutes les régions du continent sont en service à l’ONU.

Par conséquent, la déclaration du président gambien est fausse.

Edité par Peter Cunliffe-Jones

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