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Niger : les indicateurs sur la liberté plaident-ils pour Mahamadou Issoufou ?

«Quels sont les indicateurs qu’ils avancent pour dire que je suis plus autoritaire ? Il n’y a pas d’entrave aux libertés au Niger. Ceux qui me font ce reproche étaient au pouvoir avant moi. Et, à leur époque, le Niger figurait à la 139e place du classement de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse. Aujourd’hui, nous sommes à la 52e place – le 9e pays africain », a dit Mahamadou Issoufou.

«Cela veut dire que, sous ma présidence, notre pays est plus libre qu’à l’époque où ceux qui me reprochent d’avoir un comportement liberticide étaient au pouvoir. Les chiffres parlent pour moi », a-t-il ajouté.

Il répondait à une question de Jeune Afrique sur les «dérives autoritaires» de son gouvernement dénoncées par ses adversaires politiques.
Les rangs avancés sont-ils exacts ? Ou alors les chiffres parlent-ils pour lui, comme il le prétend? Nous les avons examinés.

Les preuves du président Issoufou ?


«Nous pensons que RSF est la principale référence et que même l'opposition, dans les différents pays, l’utilise pour illustrer le degré de liberté de leur presse », a indiqué le conseiller principal de la cellule de communication de la présidence du Niger, Amadou Moussa Galibi, dans un courrier électronique envoyé à Africa Check.

Il a ajouté que lorsque le président Issoufou parle de ceux qui lui reprochent d’entraver les libertés, «il fait allusion à tous ceux qui étaient au pouvoir entre 1999 et 2009 c’est à dire le précédent régime démocratique ».

Le Niger dans le classement RSF de 2006 à 2010


En 2006, le Niger occupait la 95e place du classement avec une note de 24.50. Un an plus tard, il a progressé jusqu’à la 87e place avec 25.50. En 2008, il recule encore jusqu’à la 130e place mondiale avec un score de 37. A la faveur de la crise politique de 2009, la reculade s’accélère. Le Niger devient ainsi 139e, 48,5 sous Mamadou Tanja (1999-2011) en quête d’un troisième mandat, contraire aux dispositions de la Constitution du pays.

Mais un an après, sous le président de transition, Salou Djibo, le pays retrouve la stabilité et occupe le 106e rang mondial avec un score de 28.50.



Le classement sous Issoufou ?


Mahamadou Issoufou a entamé son premier mandat de cinq ans à la tête du pays en 2011. Ainsi, dans le classement RSF pour 2011-2012, le Niger est classé 29e mondial avec 2,5, soit la 3e place africaine.

L'année suivante, il dégringole jusqu’à la 43e, pour un score de 23.08. En 2014, il recule encore jusqu’à la 48e (23.59), avant de progresser d’une petite place un an après, avec un score de 23.85. En 2016, il perd cinq places dans le classement en devant 52e avec un score de 24.62.

 



 

Mais le classement de RSF n’est pas le seul indicateur pour se faire une idée sur le niveau des libertés dans un pays.
«Nous regardons les classements que font les autres mais cela ne nous empêche pas de faire notre propre recherche», a confié à Africa Check Stephen Cockburn, le directeur adjoint d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest.

Que disent donc les autres indicateurs ?


Par exemple, dans son rapport 2016, l’organisation Freedom House, met le Niger dans le groupe des pays «partiellement libres», qui ont une couleur jaune, et un score de 52%.

Cette organisation évalue chaque année le niveau des libertés civiles et des droits des partis politiques dans le monde. Son rapport élaboré avec European Journalism Center (EJC) des Pays-Bas met en exergue le niveau d’expression de la liberté et de la démocratie dans le monde. Les pays sont notés selon une grille qui varie de 1 (meilleur) à 7 (pire).

Déjà en 2011, il qualifiait le Niger de «partiellement libre», avec un net recul notamment en raison de la crise politique qui avait abouti à un coup de force de l’armée, 4. 5.

En 2012, Freedom House indiquait que les droits politiques se sont améliorés de 5 à 3,5, en raison notamment de la bonne tenue des élections présidentielle, législatives et locales, suite à l’éviction de l’ancien président Mamadou Tandja, suivie de l’installation d’un régime militaire de transition.

Depuis lors, le Niger stagne dans la zone jaune (3.5) en 2013, 2014 et 2015. Le même constat a été fait en 2016, malgré quelques progrès.

Le Niger était dans la même catégorie, en 2009, année mentionnée par M. Issoufou, à savoir 3.5.

Ces rapports ont la particularité de ne s’intéresser qu’au seul domaine de la liberté de la presse.

Qu’en est-il donc des autres libertés ?


Pour sa part, Amnesty International (AI) indique, dans son rapport 2016-2017, que «des personnes ont été poursuivies pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression.

«Nous ne faisons pas de classement, ce n’est pas notre approche», a précisé Stephen Cockburn, spécialiste du Niger à AI, joint par Africa Check.

«Il y a des problèmes comme dans tous les pays de la région. Par exemple beaucoup de personnes ont été arrêtées dans la lutte contre Boko Haram. Ce qui a créé un surpeuplement carcéral. Des journalistes ont été arrêtés l’année dernière. Sous les anciennes autorités, il y en avait. Nous avons des inquiétudes, il y a des choses à améliorer», a dit M. Cockburn.

Dans un rapport précédent, AI relevait déjà que «la liberté d’expression était sévèrement restreinte, parfois au nom de la sécurité nationale», au Niger.

Quant à Human Rights Watch, elle ne mentionne pas le Niger dans son dernier rapport 2015, ni sur les droits de l’homme ni dans celui de 2016 ni dans celui plus récent encore de 2017. Le Niger n’a pas été épinglé dans le rapport 2009 non plus.

Conclusion : le rang à l’indice RSF est correct mais laisse apparaître une situation qui ne cesse d'empirer


Si on se base sur le seul rapport de Reporters Sans Frontières (RSF) sur la liberté de la presse, Mahamadou Issoufou a raison. Dans le rapport 2016 de RSF, le Niger occupe la 52e place mondiale correspondant au 9e rang mondial. De même, en 2009, il était 139e mondial dans le même classement. Il faut toutefois signaler qu'entre le classement 2011-2012 et celui de 2016, le Niger ne cesse de régresser en passant du 29e à 52e rang mondial.

La liberté dans un pays ne se limite pas au seuil indice publié par RSF, d’autres critères entrent en jeu. Selon Stephen Cockburn, spécialiste du Niger à Amnesty International, il y a toujours des «inquiétudes». Le dernier rapport d’AI signale que des personnes arrêtées «pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Là où Freedom House met le Niger dans le groupe des pays «partiellement libres », depuis 2009.

Par contre, Human Rights Watch n’épingle pas le Niger dans ces rapports que nous avons consultés.

Edité par Samba Dialimpa Badji

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