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Sénégal : des données sur le secteur informel examinées

Dans une publication faite sur Facebook le 17 novembre 2020, l'entrepreneur social sénégalais Cherif Ndiaye partage une photo sur laquelle on lit des données projetées sur un mur indiquant que « les entreprises du secteur informel représentent 97% des entreprises du Sénégal, 60% des emplois non agricoles, 16,3% de la création de richesse ».

On note encore que « durant la période de la pandémie de la Covid-19, 88,3% ont continué leurs activités, 9,2% ont arrêté momentanément et 2,5% ont fermé définitivement ».

Mais l'origine de ces données ne figure pas sur la photo. 

Contacté pour connaître la source de ces données qu'il a partagées, Cherif Ndiaye, par ailleurs fondateur de la plateforme éducative Ecoles au Sénégal, informe que « ces chiffres ont été présentés par Ismaila Diatta un représentant du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) lors d'un séminaire organisé en partenariat avec l'ADEPME, l'Agence du développement et d'encadrement des petites et moyennes entreprises.

Il nous a mis en rapport avec Ismaila Diatta qui nous indique que « cette communication a été présentée par le directeur général de l'ADEPME » et que les collaborateurs de ce dernier précisent que « c'est une étude de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal (ANSD) » que nous pouvons consulter sur le site de ladite agence.

Déclaration

Les entreprises du secteur informel représentent 97% des entreprises du Sénégal

Verdict

correct

Nous sommes entrés en contact avec l’ANSD qui nous a fait parvenir le rapport global du premier Recensement général des entreprises (RGE) du Sénégal, publié en 2017.

Il y est indiqué que « le RGE a permis de dénombrer 407 882 unités économiques ayant un local aménagé et exerçant sur l’ensemble du territoire ».

Le document précise que « la région de Dakar concentre plus du tiers des unités (160 963), soit une proportion de 39,5%. Elle est suivie dans l'ordre par les régions de Thiès, Diourbel, Kaolack, Kolda et Saint Louis ».

Toutes les autres régions « représentent à peine le quart des unités recensées », souligne le RGE.

 

 

 

Secteur formel et secteur informel

L’ANSD indique qu'une entreprise est dite formelle lorsqu’elle tient une comptabilité suivant un système de comptabilité normé.

Par opposition, le secteur informel est présenté comme « l’ensemble des unités de production exerçant sur le territoire économique du Sénégal et qui ne tiennent pas une comptabilité obéissant aux normes du Système Comptable Ouest Africain (SYSCOA) ».

 

La comptabilité dans le RGE

 

Dans le RGE, il a été défini trois systèmes de tenue de comptabilité  : 

 - le système comptable ouest africain (SYSCOA)

 - le système de comptabilité harmonisé autre que le SYSCOA : Plan comptable bancaire (PCB), Référentiel comptable des systèmes financiers décentralisés (RC-SFD) et le Code conférence inter africaine des marchés d'assurances (CIMA)

 - comptabilité non formelle, c'est-à-dire l'utilisation des carnets 

 

Ainsi, à la page 41 du rapport global, il est indiqué que « le secteur informel occupe une bonne partie de l’économie et couvre 97,0% des unités économiques recensées ».

« Le secteur informel domine dans toutes les branches sauf dans les Services fournis aux entreprises (14,3%), le Transport et les télécommunications (12,3%), les Bâtiments et Travaux publics (5,6%) et les Industries alimentaires (41,4 %) », précise le document.

Il souligne aussi que « dans le milieu urbain, 96,2% des entreprises recensées sont informelles alors qu’au niveau de la zone rurale, cette proportion est estimée à 99,6% ».

Quant au Bureau International du Travail (BIT), il a recours à d’autres critères de mesure du secteur informel en plus de ceux utilisés par l’ANSD.

Dans cette étude intitulée « Diagnostic sur l'économie informelle au Sénégal », le BIT, utilisant une définition « harmonisée », considère comme formelle « toute unité économique qui dispose d'un NINEA (numéro d'identification nationale des entreprises et associations) ou est immatriculée au registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) ou encore tient une comptabilité selon le SYSCOA ».

Ainsi sur la base de ces critères, « la proportion d’unités économiques informelles du Sénégal s’élève à 85,4% », souligne le document.

Pourquoi cette différence d'approches entre l'ANSD et le BIT

Yacouba Diallo, statisticien principal au BIT basé à Dakar, explique que « la différence entre l’approche du BIT et celle de l’ANSD est liée au fait que le BIT considère une approche commune pour tous les pays pour des raisons de comparabilité des statistiques entre pays ».

« L’approche du BIT repose sur les principaux critères que les pays ont en commun pour mesurer le secteur informel à partir de la norme statistique internationale (15ème CIST) », précise-t-il. 

« Pour l’ANSD, le seul critère utilisé est la tenue de la comptabilité formelle », explique Dr Anta Ngom, économiste-chercheure au Laboratoire de recherches sur les Institutions et la Croissance (LINC)  de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Par exemple, souligne-t-elle, « une entreprise peut disposer d'un NINEA ou d'un registre de commerce mais ne tenant pas une comptabilité formelle au sens SYCOA, elle est informelle selon l'ANSD alors que pour le BIT, elle est formelle »

« Ce qui explique ces différences entre les chiffres que nous avons noté dans le rapport du BIT sur le secteur informel sénégalais », conclut-elle.

Malick Diagne, économiste statisticien à l'ANSD, tout en indiquant que la définition de l'agence s'inspire de celle du BIT, précise qu'elle est plus conforme aux réalités locales. Il explique qu'une « entreprise peut disposer d'un NINEA ou être immatriculée au RCCM sans pour autant établir un document comptable ».

Déclaration

Les entreprises du secteur informel représentent 60% des emplois non agricoles

Verdict

correct

La publication Facebook indique par ailleurs que « les entreprises du secteur informel représentent […] 60% des emplois non agricoles ».

Le rapport du Recensement général des entreprises (RGE) révèle « avoir dénombré  611 543 emplois permanents et 232 725 emplois saisonniers, soit un total de 844 268 personnes employées ».

Le tableau ci-dessous, extrait du RGE, estime respectivement à 30,7% la part des emplois dans le secteur formel et à 69,3% celle des emplois dans l’informel des unités économiques ayant un local aménagé et exerçant sur l’ensemble du territoire.

Nous n’avons pas retrouvé, dans le rapport, une mention de l’estimation nette de l’emploi dans le secteur informel non agricole.

Cependant, dans la note de contexte du rapport d’étude de l’ANSD sur le suivi de l’impact de la Covid-19 sur les unités de production informelles (UPI) non agricoles et le document « diagnostic sur l’économie informelle au Sénégal » du BIT, qui se basent sur le RGE 2016, il est indiqué que  « l’emploi dans le secteur informel concentre près de 60 pour cent de l’emploi total non agricole ».

 

Déclaration

Les entreprises du secteur informel représentent 16,3% de la création de richesse

Verdict

correct

La photo publiée affiche également que « les entreprises du secteur informel représentent […] 16,3% de la création de richesse » : une estimation conforme aux données fournies par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal.

Car, le rapport du RGE 2016 qui indique que « le chiffre d’affaires généré par l’ensemble des entreprises recensées s'élève à 11 349,7 milliards FCFA », confirme que « le secteur formel génère 83,7% du chiffre d’affaires global. Le secteur informel qui représente 97,0% des unités recensées ne contribue qu’à hauteur de 16,3% dans le chiffre d’affaires total ».

Dr Mor Gassama, économiste et enseignant chercheur à l'UCAD, souligne que la contribution du secteur informel à la création de richesse est difficilement mesurable d'où une estimation faite approximativement. C'est également ce que soutient Dr Cheikh Ahmed Bamba Diagne, enseignant-chercheur, directeur scientifique du laboratoire de recherches économiques et monétaires (LAREM) de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l'UCAD qui insiste sur le fait qu'il est difficile « de capter clairement la création de richesse du secteur informel ».

Déclaration

Durant la période de la pandémie de la Covid-19, 88,3% des entreprises du secteur informel ont continué leurs activités, 9,2% ont arrêté momentanément et 2,5% ont fermé définitivement

Verdict

correct

La publication Facebook rapporte aussi que « durant la période de la pandémie de la Covid-19, 88,3% des entreprises du secteur informel ont continué leurs activités, 9,2% ont arrêté momentanément et 2,5% ont fermé définitivement ».

Ces estimations sont aussi conformes à celles que nous avons retrouvées dans le rapport d'étude de l'ANSD sur le suivi de l'impact de la Covid-19 sur les unités de production informelles (UPI) non agricoles


Dans le document publié le 28 octobre 2020, il est indiqué qu’ « en dépit du ralentissement de l’activité économique dû à la crise sanitaire, la plupart des unités informelles interrogées sont opérationnelles (88,3%). Toutefois, 9,2% ont arrêté momentanément leurs activités et 2,5% sont fermées définitivement ».


L’étude souligne aussi que « près de la moitié des UPI ayant arrêté de travailler ont évoqué la Covid-19 comme motif de fermeture. Ce taux est plus important dans les services (73%) autres que le commerce ».


« Parmi les UPI ayant cessé de fonctionner, 95% sont des micro, 3% sont des petites et 2% des moyennes », note le rapport.

Conclusion : ces données sur le secteur informel publiées sur Facebook sont exactes

Dans une publication Facebook l'entrepreneur social sénégalais Cherif Ndiaye partage des données sur une photo indiquant que « les entreprises du secteur informel représentent 97% des entreprises du Sénégal, 60% des emplois non agricoles, 16,3% de la création de richesse ».

La photo affiche aussi que « durant la période de la pandémie de la Covid-19, 88,3% ont continué leurs activités, 9,2% ont arrêté momentanément et 2,5% ont fermé définitivement ».

Les différents rapports provenant de l’ANSD et consultés par Africa Check confirment ces données.

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