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Pauvreté au Sénégal : l'économiste Meïssa Babou a raison sur la hausse mais se trompe sur les chiffres

« Le taux de pauvreté a augmenté passant de 47 à 56 % », a estimé l’économiste Meïssa Babou qui expliquait dans un entretien, publié le 20 août 2019, dans le journal sénégalais L’Observateur que « la lutte contre la pauvreté ne peut pas passer par la bourse de sécurité familiale ».

Le programme national de bourses de sécurité familiale (PNBSF) est considéré par le gouvernement sénégalais comme « une intense politique de protection sociale universelle ».

Quelles sont les sources de Meïssa Babou ?


Contacté par Africa Check, M. Babou, enseignant à la Faculté des Sciences économiques et de gestion de l'Université de Dakar, explique que ces chiffres sont tirés d’une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) publiée en 2015.

Il soutient que depuis lors il n'y a pas d'autres données sur la pauvreté.

 

Que dit l’enquête en question ?


Le rapport de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) de 2015 intitulé Pauvreté et Condition de Vie des Ménages et consacré à la « perception du bien être des ménages sénégalais », indique  « une pauvreté subjective » élevée au niveau des ménages.

Plus de la moitié d’entre eux (56,5 %) s’estiment pauvres, parmi lesquels 45,7 % se déclarent très pauvres, selon l’enquête.

Toutefois, Alioune Tamboura, économiste à l'ANSD explique qu'« en 2015, l’ANSD n’a pas mené une opération d’envergure nationale lui permettant de publier des chiffres de pauvreté monétaire ».

Il soutient, en outre, qu'avant de comparer les chiffres de pauvreté monétaire, « il faudrait s’assurer que la méthodologie utilisée pour l’identification des pauvres est identique ».

 

 

« Pauvreté subjective » et « pauvreté monétaire »

 

 

« Dans l’approche monétaire, sont considérés comme pauvres les ménages dont le revenu ou la consommation traduite en valeur monétaire est inférieur(e) à un seuil défini selon une méthodologie précise. Ce seuil peut être assimilé au minimum vital des ménages », explique à Africa Check Alioune Tamboura.

 

 

Selon lui, l’approche subjective consiste à recueillir la perception qu’ont les individus concernant l’aisance dans laquelle ils vivent.

 

 

En somme, poursuit-il, « la pauvreté subjective répond à la question : Qui se sent pauvre ? La pauvreté objective (dont l'approche monétaire) répond à la question: Qui est pauvre ? ».

 

 

M. Tamboura signale, par ailleurs, que l’ANSD vient de terminer la phase de collecte de données de l’enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (EHCVM) en juillet 2019. Une enquête qui, dit-il, sera probablement publiée en 2020.

 

 

 

Répartition de la pauvreté perçue selon le milieu de résidence


Le rapport Pauvreté et Condition de Vie des Ménages de 2015 indique que « la pauvreté perçue, varie selon le milieu de résidence. Elle est plus marquée dans le milieu rural où plus des deux tiers des ménages (69,0 %) se déclarent pauvres dont 53,2 % se voient comme très pauvres ».

En revanche, souligne l'enquête « elle est moins observée dans la zone urbaine de Dakar, où moins de deux ménages sur cinq (38,2 %) se trouvent pauvres, parmi lesquels un peu moins du quart (24,7 %) sont très pauvres ».

« Dans les autres villes, elle est de 53,7 % dont 44,5 % de très pauvres », précise le document.

 

 

 

«Un niveau de pauvreté qui a augmenté »


Une manifestante brandit une pancarte sur laquelle est écrit « Réduire l'extrême pauvreté et la faim ». Elle participait à une marche marquant le début du Forum social mondial annuel le 6 février 2011 à Dakar.
SEYLLOU DIALLO / AFP

La deuxième enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS II), effectuée en 2011, mais publiée en mai 2013, estimait l’incidence de la pauvreté monétaire à 46,7 %. Les résultats de l’ESPS-II avaient aussi montré que 48,6 % des ménages s’estiment pauvres. Ce qui est considéré comme une « pauvreté  subjective ».

« Les taux de pauvreté subjective et monétaire ne s’écartent pas trop et sont dans les mêmes intervalles de confiance car le taux de pauvreté monétaire est estimé à 46,7 % », analyse le document.

Dans le rapport Enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal effectué en 2005/2006 et publié en août 2007, le taux de pauvreté perçue était de 52,2 %.

 

 

Les chiffres du PNUD et de la BAD


Nous avons consulté le rapport du Programme des nations unies pour le développement (PNUD) « Indices et indicateurs de développement humain » mis à jour en 2018.

Dans son tableau 6 intitulé « Indice de pauvreté multidimensionnelle : pays en développement », nous remarquons que le Sénégal affiche un taux de 55,5 % pour la part de la population vivant sous le seuil de la pauvreté.

Selon des statistiques de la Banque africaine de développement (BAD), la proportion d’individus vivant sous le seuil de pauvreté était de 46,7 % en 2011, ce qui correspond au taux de pauvreté monétaire de l'Enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal de la même année.

 

 

Conclusion : la déclaration de l'économiste Meïssa Babou est globalement correcte


Le taux de pauvreté au Sénégal  a augmenté de 47 à 56 %, a soutenu l'économiste Meissa Babou qui cite un rapport de l’ANSD publié en 2015.

Africa Check a consulté ledit rapport qui montre effectivement que 56,5 % des ménages au Sénégal s’estiment pauvres. Une hausse par rapport à la deuxième enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS II) de 2011, qui estimait l’incidence de la pauvreté subjective à 48,6 % et celle de la pauvreté monétaire à 46,7 %.

Alioune Tamboura, économiste à l'ANSD, précise qu'en 2015, l’Agence n’a pas mené une opération d’envergure nationale lui permettant de publier des chiffres de pauvreté monétaire.

Nous évaluons globalement correcte la déclaration de Meissa Babou.

 

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