Retour sur Africa Check
PIUS UTOMI EKPEI / AFP

30 à 60 % des médicaments consommés en Afrique sont-ils des contrefaçons ?

Note de la rédaction

Après la publication de cet article, Radio France Internationale (RFI) a apporté une correction au reportage originel à partir duquel nous avons tiré la déclaration vérifiée. RFI a mis à jour son article indiquant désormais qu'un médicament sur dix dans les pays en développement est de qualité inférieure ou falsifié.

Selon Radio France Internationale (RFI), en Afrique « les spécialistes du secteur estiment que 30 à 60 % des médicaments consommés sont des contrefaçons ou des faux-médicaments très présents dans les marchés de rue ».

Quelles sont exactement les sources de RFI ?

La journaliste Charlotte Cosset qui a réalisé le reportage explique à Africa Check que « sur le pourcentage des faux médicaments en circulation, il est assez difficile d'avoir un chiffre précis. Les données varient beaucoup selon les pays et selon les études (quand elles existent) ». 

Contactée par Africa Check pour des précisions, elle précise que « l'OMS estime qu'environ 40 % des signalements de faux médicaments proviennent d'Afrique subsaharienne ».

« Les spécialistes du secteur (notamment les deux acteurs cités dans l’article: Michel Sebah et Arnaud Pourredon) s'accordent sur les données qu'ils qualifient de communément admises qui se situent entre 30 et 60 % de faux médicaments en circulation », selon la journaliste. 

Différence entre ce qui est « consommé en Afrique » et « ce qui est signalé à l’OMS »

Dans cette étude de l’OMS publiée en 2017, on lit précisément que « 42 % de tous les faux médicaments qui ont été signalés entre 2013 et 2017 provenaient d'Afrique ».

Cependant, cela ne veut pas dire que 40 % des médicaments consommés en Afrique sont des faux médicaments. C’est ce que nous expliquions déjà dans cet article publié en 2020. 

 

Dr Elizabeth Pisani de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, et auteure de l'étude en question, indiquait que « les données de l'OMS sont basées sur un système de déclaration ou de signalisation de cas. Cela signifie que l’OMS tient compte de ce qui lui est signalé, mais ce qui est signalé n'est pas (j’insiste là-dessus) représentatif de ce qui est réellement là ».

Qu’en est-il réellement ?

Arnaud Pourredon, un des spécialistes interrogés par RFI, a dit à Africa Check qu’il ne corrobore pas l’affirmation selon laquelle entre 30 et 60 % des médicaments consommés en Afrique sont des faux ou des contrefaçons, tout en précisant ne pas être l’auteur de cette affirmation.

Pourredon a aussi souligné qu’il ne faut pas parler de « faux médicament », terme qu'il dit ne jamais employer. Il appelle ainsi à « suivre les recommandations de l’OMS et parler des MQIF (produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés) ».

En outre, l’OMS explique à Africa Check que l’affirmation selon laquelle entre 30 et 60 % des médicaments consommés en Afrique sont des contrefaçons ou des faux médicaments « n'est pas exacte ». 

« Sur la base de 100 enquêtes sur la qualité des médicaments, menées entre 2007 et 2016 dans 88 pays et portant sur plus de 48 000 échantillons, le taux d'échec observé dans les pays à revenu faible et intermédiaire est estimé à 10,5 % », explique l’OMS.  

Le rapport compilant les résultats de ces enquêtes est disponible sur le site de l’Organisation.

La prévalence réelle pourrait donc être sous-estimée ou surestimée 

Sur la façon dont elle détermine le pourcentage de faux médicaments consommés dans un pays, l’OMS fait savoir que « les estimations sont basées sur des enquêtes et un suivi des incidences signalées, et qui impliquent des tests sur des échantillons de médicaments prélevés à différents niveaux de la chaîne d'approvisionnement dans un pays ». 

L’institution onusienne relève que « les pays s'appuient sur leurs propres enquêtes par échantillonnage, ciblant certains médicaments à la fois, ainsi que sur les rapports directs des professionnels de la santé et de l'industrie sur les médicaments non conformes aux normes et falsifiés ». 

Les enquêtes par échantillonnage sont donc « essentiellement des enquêtes instantanées à un moment donné pour un type particulier de médicaments ». 

De plus, « la déclaration de ces médicaments défectueux par les professionnels de la santé est volontaire et la culture de la déclaration est très variable. La prévalence réelle pourrait donc être sous-estimée ou surestimée », précise l’OMS.

« 10,5 % est l’estimation la plus robuste possible »

Nous évoquions plus haut l’étude de l’OMS datant de 2017, et dans laquelle on lit « 42 % de tous les faux médicaments qui ont été signalés entre 2013 et 2017 provenaient d'Afrique ».

Mais dans un courrier électronique, l’OMS précise qu’en marge des explications de Dr Elizabeth Pisani et Pernette Bourdillon, les statistiques présentées dans ce rapport de 2017 sont basées sur les cas de signalisation de prévalences soumis au système mondial de surveillance et de suivi de l'OMS pour les produits médicaux non conformes aux normes et falsifiés (SF). 

Précisément, « l’étude reflète ce que les pays et les autres parties prenantes, y compris les fabricants, nous signalent volontairement », souligne l’OMS, qui ajoute qu’au moment de la publication du rapport, « environ 42 % des cas signalés provenaient d'Afrique, ce qui n'est pas directement lié à la prévalence des produits médicaux non conformes aux normes et falsifiés, mais au fait que les signalements émanant de cette région étaient plus actifs ».

En outre, l’OMS rappelle que depuis 2007, elle mène des enquêtes « dans les pays où des échantillons de médicaments sont collectés aux différents niveaux de la chaîne de distribution ». 

« Vous noterez que dans les quatre études publiées qui incluent des pays d'Afrique, le taux d'échec global varie de 0,8 % à 28,5 %. Il est important de noter que, de par leur nature, ces études ne fournissent qu'une image instantanée de la qualité d'un nombre limité d'échantillons collectés à un moment, un endroit et pour des échantillons de produits spécifiques ». 

« Les résultats, poursuit l’OMS, ne peuvent donc pas être extrapolés de manière générale et être considérés comme une image totalement représentative des marchés des pays étudiés ou de la qualité de la production des fabricants individuels ». Ce qui veut dire que l'interprétation des résultats est ainsi « sujette à certaines limitations, bien que des conclusions pertinentes puissent être tirées, en particulier pour les régulateurs afin de renforcer les activités de prévention, de détection et de réponse aux produits médicaux SF ».

En revanche, l'étude faisant état d’une prévalence de 10,5 % et portant sur l'impact sur la santé publique et l'impact socio-économique des produits médicaux non conformes aux normes et falsifiés, visait à proposer une méthode que les pays peuvent utiliser pour évaluer l'ampleur de leur problème national. 

Ainsi, comme mentionné plus haut, ladite étude « s’est appuyée sur 100 articles publiés entre 2007 et 2016 et sur des bases de données accessibles au public, couvrant plus de 48 000 échantillons provenant de 88 pays ». Sur cette base, détaille l’OMS, « un taux d'échec observé estimé à environ 10,5 % a été déterminé pour les pays à revenu faible et intermédiaire, y compris l'Afrique ». 

L’OMS nous invite ainsi à noter que « compte tenu de la diversité des sources d'information, l’estimation 10,5 % est considérée comme la meilleure qui puisse être obtenue dans les limites de la rigueur scientifique lors de la réalisation d'études sur le marché pharmaceutique, qui est vaste et complexe ».

Quant au chiffre 42 %, « il ne reflète pas bien la prévalence » pour les raisons précitées. « Tandis que le chiffre de 10,5 % est l’estimation la plus robuste possible, et c'est ce que l’OMS recommande de considérer, comme nous le faisons sur notre site web ».

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