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Inondations en République démocratique du Congo (RDC) : cette photo n’a pas été prise entre décembre 2023 et janvier 2024, mais en février 2017

EN BREF – La photo de la publication vérifiée n’a pas été prise après des pluies diluviennes suivies d’inondations ayant affecté plusieurs régions de la République démocratique du Congo entre décembre 2023 et janvier 2024. Elle date de février 2017, elle a été prise à Kinshasa, la capitale.

Sur Facebook, une page appelée Ricid a publié le 14 janvier 2024 un texte assorti d’une photo évoquant des inondations meurtrières en République démocratiques du Congo (RDC). La publication a été effectuée dans un groupe public nommé Bunia Actualité.

Bunia est la capitale de la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, près de la frontière avec l’Ouganda.

Contexte

La RDC a enregistré en décembre 2023 de fortes pluies qui ont provoqué des inondations et des glissements de terrains dans plusieurs régions du pays.

Le décompte des autorités fait état de « près de 300 personnes qui ont perdu la vie, 304.521 ménages sont affectés » par ces inondations à travers le pays, a rapporté l’Agence congolaise de presse (ACP, officielle) dans une dépêche diffusée le 6 janvier 2024, citant le ministre congolais des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Modeste Mutinga. Mutinga s’exprimait après une réunion d’« évaluation de la crise humanitaire consécutive aux inondations et glissements de terrain » en RDC le 5 janvier 2024.

Ce bilan était le dernier décompte officiel disponible à la mise en ligne de cet article.

Outre les décès et ménages affectés, les autorités ont recensé plusieurs infrastructures ayant subi des dommages : « 43 750 maisons écroulées, 1 325 écoles, 269 centres de santé, 41 marchés publics et 85 routes dévastés, a détaillé le ministre Mutinga », peut-on lire dans la dépêche de l’ACP du 6 janvier 2024, citant plusieurs provinces affectées.

Les fortes pluies ont provoqué une crue d’ampleur du fleuve Congo, qui sépare Kinshasa, capitale de la RDC, et Brazzaville, capitale du Congo-Brazzaville (le nom officiel de ce pays est le Congo ou la République du Congo, NDLR). Le fleuve Congo « prend sa source dans le sud-est de la République démocratique du Congo, pays dans lequel il coule jusqu'à son embouchure (tout en formant sur une partie de son cours la frontière avec le Congo) », écrit notamment à son sujet l’éditeur français Larousse sur le site de son encyclopédie. « Cinquième fleuve du monde et deuxième fleuve du continent africain par sa longueur, le (fleuve) Congo draine, grâce à un réseau très important d'affluents, un bassin qui vient immédiatement après celui de l'Amazone. Son débit en fait aussi le deuxième fleuve du monde, toujours après l'Amazone » et avec ses affluents, il « tient un rôle majeur en Afrique centrale », ajoute Larousse.

En RDC, les voies navigables sont gérées par la Régie des voies fluviales (RVF, établissement public), qui a qualifié la crue d’« exceptionnelle ». Selon un responsable technique à la RVF, Cedrick Ntsumbu, cité dans une dépêche mise en ligne le 12 janvier 2024 par l’Agence congolaise de presse, le niveau de l’eau entre Kinshasa et Brazzaville « avait atteint 6,20 mètres » au-dessus du niveau de la mer avant que le fleuve Congo ne commence sa décrue. Un seuil proche du record en la matière de 6,26 mètres enregistré en 1961, d’après la directrice générale adjointe de la RVF, Divine Malumba Kapinga.


Lire : « Cette photo n'est pas l'image d'un immeuble effondré le 10 août 2023 à Bukavu, en République démocratique du Congo » et « Cette photo est antérieure à l’effondrement d’un immeuble survenu le 10 août 2023 à Bukavu, en République démocratique du Congo ».


À propos de la publication partagée dans le groupe public Bunia Actualité le 14 janvier 2024

« #RDC_Inondations : le gouvernement dresse un bilan d’environ 300 morts et plus de 300 000 ménages détruits », peut-on lire dans le texte partagé par Ricid dans le groupe public Bunia Actualité le 14 janvier 2024.

Il s’agit de la reprise d’un article du média en ligne congolais Politico, qui est mentionné comme source, avec le nom de son auteur. L’article d’origine a été mis en ligne le 5 janvier 2024 par Politico.

Le texte évoque les régions les plus touchées ainsi que les bilans des décès et des dommages communiqués par le gouvernement.

La publication partagée Facebook et que nous vérifions inclut une photo montrant une femme marchant dans une zone inondée, avec de l’eau jusqu’à mi-mollets. Le décor semble être un quartier d’habitations précaires, aux murs à la peinture défraîchie et des toits ou clôture en tôle ondulée. La même photo accompagne l’article d’origine de Politico, sans légende.

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À propos de la page Ricid

Selon sa présentation (partie intro), Ricid est l’acronyme de « Réseau intercommunautaire pour l’information et le développement », une organisation non gouvernementale (ONG) « de développement ».

Le Ricid a notamment pour but de « gérer et diffuser l’information à caractère social, sanitaire, éducationnel, humanitaire, écologique, démocratique, électoral », entre autres qualificatifs, « en faveur de la population », d’après les détails fournis.

Sa page sur Facebook a été créée le 14 mai 2012 et elle est gérée depuis la RDC (indications sur sa transparence).

Elle est localisée à Lemba, à Kinshasa. Elle est liée à une adresse de messagerie gratuite Yahoo.

Elle comptait quelque 16 000 abonnés au 26 janvier 2024.

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À propos du groupe public Bunia Actualité

D’après les indications de Facebook, le groupe Bunia Actualité existe depuis le 18 juillet 2014. Ses administrateurs renseignent qu’il a été créé « dans le souci de former, d'informer, de partager, d'unir tout le monde ».

Il est localisé à Bunia.

Il comptait plus de 313 600 membres au 26 janvier 2024.

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Photo prise en février 2017 à Kinshasa

D’après les résultats de la recherche inversée sur la photo de la publication vérifiée, notamment à partir de l’outil dédié TinEye, cette image n’a pas été réalisée pendant la période des inondations enregistrées à partir de décembre 2023 en République démocratique du Congo.

Il s’agit d’une photo prise le 7 février 2017 pour l’Agence France-Presse (AFP) par un de ses collaborateurs en RDC, Junior Kannah : elle figure sous le numéro 634125210 dans les archives de la banque de visuels en ligne Getty Images.

Selon sa légende, elle montre une femme « dans une rue inondée dans le centre de Kinshasa le 7 février 2017, après que plusieurs quartiers de la ville ont été inondés à la suite d'une brusque montée des niveaux d’eaux causée des violents orages ».

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Des inondations meurtrières récurrentes à Kinshasa

En février 2017, Kinshasa avait enregistré de fortes pluies suivies d’inondations qui ont causé des morts et de nombreux dégâts matériels. Des drames similaires se sont également produits en janvier 2018, en novembre 2019 et en décembre 2022

Ces débordements d’eaux avec des conséquences dramatiques à Kinshasa ne sont pas dus à la seule pluviométrie abondante, qui accentue les crues du fleuve Congo et de ses affluents, selon des experts. Sont également en cause des problèmes d’urbanisation et des systèmes de canalisation dans cette grande ville.

Daniel Lwaboshi, directeur général de la Régie des voies fluviales, l’explique dans une dépêche de l’AFP reprise le 12 janvier 2024 par le magazine français de vulgarisation scientifique Sciences et Avenir.

« Chaque année, de décembre à mi-janvier, il y a crue sur l'ensemble du bassin du Congo », a-t-il dit à l’AFP. Cependant, peut-on encore lire dans la dépêche, « à cause de la déforestation, ‘la terre devient dure, l'eau ne s'infiltre plus dans le sol et va se déverser dans le fleuve’. Les ‘constructions anarchiques’ sont, elles aussi, en cause, ajoute le directeur, qui pointe également l'urbanisation de zones inondables ».


Article complété et édité par Coumba Sylla.

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