Retour sur Africa Check
Montage / Africa Check

Inondations dans la région du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud : cette photo n’a pas été prise en décembre 2023 à Ladysmith, mais en avril 2022 près de Durban

EN BREF – La photo de la publication vérifiée n’a pas été prise après des pluies diluviennes suivies d’inondations en décembre 2023 à Ladysmith, dans la région sud-africaine du KwaZulu-Natal. C’est un cliché réalisé en avril 2022 près de Durban, dans la même province, après des précipitations de grande ampleur.

Sur Facebook, la page Kora Media a partagé le 26 décembre 2023 un texte avec une photo traitant d’inondations meurtrières en Afrique du Sud dans la ville de Ladysmith, dans la région du KwaZulu-Natal (sud-est du pays).

Contexte

De fortes pluies suivies d’inondations dévastatrices se sont abattues sur Ladysmith le 24 décembre 2023 et les jours suivants, avec des morts et portés disparus dès les premières heures, selon des récits de médias sud-africains (en anglais) dont l’agence de presse SA News (gouvernementale) et le média News24 (privé) mais aussi de la presse internationale l’agence officielle chinoise Xinhua (Chine Nouvelle).

Ces intempéries ont causé la mort de 26 personnes, selon un bilan officiel rapporté par SA News dans une dépêche diffusée le 23 janvier 2024 (en anglais).

Ce décompte était le dernier disponible à la mise en ligne de cet article.

À propos de la publication de Kora Media du 26 décembre 2023

« Afrique du Sud: six morts et 10 disparus dans des inondations », est-il dans le texte publié par Kora Media sur Facebook le 26 décembre 2023, qui était mardi, jour mentionné à plusieurs reprises dans la publication. « Des équipes de secours en Afrique du Sud recherchaient mardi les corps de dix personnes portées disparues dans des inondations qui ont également fait six morts dans la ville de Ladysmith (est), ont annoncé les autorités locales. Des pluies torrentielles se sont abattues dimanche soir sur cette ville de la province du KwaZulu-Natal, emportant avec elles des véhicules et bloquant de nombreux résidents chez eux. ‘Pour le moment, nous avons six décès confirmés et toujours 10 personnes portées disparues’, a indiqué mardi une responsable des autorités provinciales, précisant que les recherches avaient repris mardi. Trois victimes ont été retrouvées dans un minibus qui transportait neuf passagers, les six autres sont toujours disparus, a détaillé la responsable. Une personne a été retrouvée morte dans une maison détruite par les eaux. Deux autres personnes se trouvaient à l’intérieur et n’ont toujours pas été localisées. Au moins deux autres habitants ont été découverts morts dans leurs véhicules emportés par les inondations, d’après la même source », peut-on encore y lire.

Le texte est assorti d’une photo de piètre qualité montrant un paysage comme après un orage, avec un ciel gris. Des débris jonchent le sol, où sont visibles des flaques d’eau. Le cliché donne également à voir quelques maisons basses mais pas de présence humaine ou d’activité humaine.

Capture 01 Meta check relu CS AfSud-inondations-KwaZuluNatal

À propos de Kora Media

Kora Media se présente comme une société de média et d’actualités.

La page sur Facebook a été créée le 23 décembre 2021 sous le nom de Cora 24, puis rebaptisée le même jour Kora Media. Elle est gérée depuis le Mali, selon les renseignements fournis par la plateforme.

Elle est localisée à Moribabougou, dans la périphérie de Bamako, la capitale malienne. Elle est liée à un numéro de téléphone portable malien et à un compte du service de courrier électronique de Yahoo.

Capture 02 Meta check relu CS AfSud-inondations-KwaZuluNatal
Capture 03 Meta check relu CS AfSud-inondations-KwaZuluNatal

Photo prise en avril 2022 dans la banlieue de Durban

La recherche inversée d’images avec le logiciel TinEye permet de constater que la photo de la publication que nous vérifions n’a pas été prise après les fortes pluies de décembre 2023 à Ladysmith.

Elle a été réalisée en avril 2022 pour l’Agence France-Presse (AFP) par un photographe basé en Afrique du Sud, Rajesh Jantilal, d’après les résultats de la recherche.

Nous avons retrouvé le cliché sous le numéro 1239957689 dans les archives de la banque d’images en ligne Getty Images.

D’après la légende (en anglais), la photo a été prise par Rajesh Jantilal le 13 avril 2022 à Bhambayi, un quartier (township) dans la périphérie de Durban. Durban est une des plus grandes villes d’Afrique du Sud et de la région du KwaZulu-Natal, sur la côte est, le long de l’océan Indien (mais elle n’est pas la capitale de la province, qui est Pietermaritzburg). Il s’agit d’une « vue générale de débris dans le township de Bhambayi à la suite de fortes pluies, coulées de boues et vents » ayant frappé la zone de Durban, y est-il précisé.

Capture 04 Meta check relu CS AfSud-inondations-KwaZuluNatal
Capture 05 Meta check relu CS AfSud-inondations-KwaZuluNatal

Depuis avril 2022, la photo d’origine a été utilisée à titre d’illustration par plusieurs médias.

C’est le cas du journal français Le Monde, qui l’a publiée dans un article mis en ligne le 14 avril 2022.

Capture 06 Meta check relu CS AfSud-inondations-KwaZuluNatal

Lire : « Certaines de ces photos n'ont aucun lien avec les inondations d'avril 2022 à Durban ».


« Inondations historiques et dévastation dans la région de Durban » en 2022

L’Afrique du Sud a enregistré sur quelques jours en avril 2022 d’abondantes pluies, « particulièrement dans la région de Durban et la province du KwaZulu-Natal », précipitations ayant causé «inondations historiques et dévastation dans la région de Durban », ainsi que l’a rapporté Le Monde dans un article publié le 15 avril 2022.

Les autorités sud-africaines ont indiqué avoir recensé 435 morts dans la catastrophe, selon le dernier bilan auquel nous avons eu accès : ce décompte a été communiqué le 21 avril 2022 à la presse par Bhekokwakhe Hamilton Cele dit Bheki Cele, ministre sud-africain de la Police, ses propos ont été rapportés notamment par l’AFP dans une dépêche diffusée le même jour et reprise par le média canadien La Presse.

Selon le ministre, un bilan plus élevé avait initialement circulé : « Le chiffre de 448 morts avait été avancé, mais il a été ramené à 435 ». « Les résultats d’autopsies pratiquées sur quatre corps ont déterminé que les décès étaient liés à des meurtres car ils ont été trouvés avec des blessures par balles » et « neuf autres personnes sont décédées de causes naturelles qui ne sont pas liées à la catastrophe », a déclaré Bheki Cele à la même occasion, alors que, d’après des autorités, des recherches mobilisant militaires et policiers se poursuivaient encore pour retrouver des personnes portées disparues.

News24, le média privé sud-africain, a dédié une page à cette catastrophe de grande ampleur dans le pays, où l’on retrouve le dernier bilan disponible. Outre 435 morts, les inondations ont aussi endommagé plus de 13 500 maisons, dont près de 4 000 ont été « complètement détruites ». Des infrastructures importantes ont également été affectées ou se sont effondrées : établissements de santé, écoles, routes, ponts. D’après News24, « le coût de la réparation des dégâts est estimé à 17 milliards de rands ». Aux taux de change au 24 janvier 2024, ce montant représente plus de 537 milliards de francs CFA, près de 819 millions d’euros et plus de 890 millions de dollars américains.

Dans la période concernée, « il est tombé l'équivalent de six mois de précipitations en l'espace de deux jours sur la région de Durban », les 11 et 12 avril 2022, a indiqué le magazine de vulgarisation scientifique en français Futura dans un article publié le 16 avril 2022.

Le mois d’avril, alors que l’Afrique du Sud est « en plein automne », a expliqué Futura, « il n'est pas rare que la zone (de Durban, NDLR) subisse des phénomènes météo extrêmes avec des précipitations importantes : c'est l'une des périodes de l'année où le risque d'intempéries est le plus important là-bas. Les pluies diluviennes d’avril 2022 ont été causées par « une goutte froide », qui est « un décrochage d'air polaire », a-t-il précisé.

Une goutte froide, selon un autre article de Futura publié le 16 juillet 2021, est « une masse d'air froid à haute altitude stagne, bloquée par l'air chaud qui l'entoure, au-dessus d'une zone dépressionnaire. L'intensité de celle-ci se trouve renforcée, amenant à des précipitations continues et très localisées ». Autrement dit, c'est comme de l’air très froid qui est coupé de sa maison habituelle et se retrouve dans une autre maison où il ne devrait pas être, avec de la chaleur autour de lui. Cela provoque des perturbations météorologiques, avec de fortes pluies dans la zone au-dessus de laquelle l’air froid s’est retrouvé coincé.

D’après l’article de Futura du 16 avril 2022, il s’agit d’un phénomène « dont l'intensité est toujours difficile à prévoir », et ce fut le cas pour Durban et le KwaZulu-Natal en avril 2022 : « Les météorologues sur place avaient bien prévu des intempéries, mais le phénomène a été finalement bien plus fort qu'annoncé. Il s'agit de la pire catastrophe naturelle survenue dans la province de KwaZulu-Natal depuis au moins 60 ans ».


Lire : « Inondations meurtrières : cette photo n’a pas été prise au Kenya en novembre 2023, mais en Inde en octobre 2023 » ou « Inondations au Kenya : cette photo ne date pas de novembre 2023 (elle a été prise en 2019) »


Article rédigé par Faysal Arnold Boukary, complété et édité par Coumba Sylla.

 

Republiez notre contenu gratuitement

Veuillez remplir ce formulaire pour recevoir le code de partage HTML.

Pour les éditeurs : que faire si votre publication est évaluée comme étant fausse

Un vérificateur de faits a évalué votre publication Facebook ou Instagram comme étant « fausse », « manipulée », « partiellement fausse » ou « contexte manquant ». Cela pourrait avoir de graves conséquences. Que devez-vous faire?

Cliquez sur notre guide pour connaître les étapes à suivre.

Guide des éditeurs

Africa Check fait équipe avec Facebook

Africa Check est un partenaire du programme de vérification des faits par des tiers de Meta pour aider à arrêter la diffusion de fausses informations sur les médias sociaux.

Le contenu que nous considérons comme "faux" sera déclassé sur Facebook et Instagram. Cela signifie que moins de gens le verront. Vous pouvez également aider à identifier les fausses informations sur Facebook. Ce guide vous explique comment.

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
limite : 600 signes

Voulez-vous continuer à lire nos vérifications des faits ?

Nous ne vous ferons jamais payer pour des informations vérifiées et fiables. Aidez-nous à poursuivre cette voie en soutenant notre travail

S’abonner à la newsletter

Soutenir la vérification indépendante des faits en Afrique